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1 Rois 17 v 7 - 16 (David Mitrani)
Texte : 1 Rois 17/7-16
Genre : Prédication Auteur : David MITRANI Source : Prédication pour le 17.03.2000 à Jarnac (16) (avec l’école biblique). Avoir ou manquer ? Telle semble bien être la question qui se pose, aussi bien pour Elie, le prophète, l'homme de Dieu, que pour cette femme phénicienne et son fils. Période de sécheresse. Période de famine. Pauvreté. Que vaut-il mieux ? Avoir ou manquer ? Si je vous posais la question, après un temps d'arrêt où vous allez vous demander qu'est-ce que j'essaye de vous faire dire, vous me répondriez finalement qu'il vaut mieux avoir, étant entendu qu'il ne s'agit pas forcément de biens matériels ou d'argent. C'est vrai, il peut s'agir aussi de force physique, ou psychique, ou spirituelle. Il peut s'agir de conviction, de santé, d'amour. Il peut s'agir encore de tas de choses. Certes. Mais, de toute façon, pensez-vous sûrement, oui, il vaut mieux avoir que manquer… En fait, il y a deux sortes de gens qui répondent ceci à une question qui est vitale pour eux : les riches et les pauvres ! Bien sûr, c'est caricatural de parler ainsi, et nous avons la chance, nous, de ne pas vivre dans une société elle-même trop caricaturale à ce niveau – elle l'est, hélas, à d'autres… Le prophète Amos, par exemple, lui, il vivait dans une telle société. Des pays, aujourd'hui, vivent encore comme ça. Avec seulement des très riches, de plus en plus riches, et des très pauvres, de plus en plus pauvres. Des très riches qui font comme le roi Achab, qui pillent, qui se servent de ce dont ils ont envie, même si ça n'est pas à eux. Et des très pauvres, qui meurent de violence et d'injustice, comme Naboth, ou bien de faim et d'injustice, comme la veuve qui habitait Sarepta. Pour Achab, oui, il vaut mieux avoir que manquer, parce qu'il a tellement de choses, tellement d'argent, tellement de pouvoir, que manquer de quelque chose est insupportable, pire que la mort, ça le rend malade, il n'a plus goût à rien si ça, il ne l'a pas… Les prophètes d'Israël vont expliquer à Achab, à ses successeurs, à leurs amis, que vivre comme ça, ce n'est plus être humain, c'est être devenus des monstres ! Pire : c'est cela qui fabrique la pauvreté, la famine, lorsque ceux qui ont assez, entassent ce dont ils n'ont pas besoin, pendant que ceux qui n'ont rien ne peuvent plus faire face… Car, pour eux, alors, comme pour la veuve de Phénicie, oui, pour ces pauvres plus pauvres que tout, privés d'argent, de pain, de culture, de dignité, il vaut aussi mieux avoir que manquer, parce que, manquer, ils en meurent. Et, comble de tout, c'est chez elle, chez cette pauvre femme qui n'a plus rien, qu'Elie est envoyé pour manger. Elie n'est ni un riche comme Achab ni un pauvre comme la veuve. Il est Elie. Il vient d'ailleurs. Il est étranger à notre monde. Son nom, "Elie", c'est une prédication, un catéchisme : "Mon Dieu, c'est le Seigneur". Son nom ne parle pas de richesse, il ne parle pas de pauvreté. Et pourtant, Elie parle à des riches et à des pauvres. Il parle d'autre chose que d'avoir. Et pourtant, il boit et il mange ! L'envoyé de Dieu qui fustige la richesse des puissants serait-il donc insensible à la pauvreté, pourvu qu'il ait le ventre plein ? Que va-t-il apprendre à la femme, que va-t-il lui apporter de la part de Dieu ? Que va-t-il nous dire à nous, chers amis ? Il n'est candidat à aucune élection, nullement en quête de signatures ou de voix, détenteur d'aucun programme politique ou économique. Pour cela sans doute, Dieu pense-t-il que nous sommes assez grands… En fait, Elie semble vouloir faire comprendre à la veuve qu'il vaut mieux manquer qu'avoir ! Vous me direz que c'est un discours qui va bien à des gens comme nous, qui avons, malgré tout, ce qu'il nous faut. Par morale, par dévouement, par engagement, nous pouvons nous restreindre quelque peu… Mais cette femme ne le peut pas ! Elle le fait remarquer à notre prophète : pour elle et son fils, manquer un peu plus, c'est mourir. Elie se comportera-t-il comme Achab, prenant quand même ? Il semble que oui… En fait, non. A la logique "avoir ou manquer", il substitue une autre, ou plutôt il nous montre qu'il y en a une autre, plus fondamentale : "prendre ou donner". Dans "avoir ou manquer", on ne peut répondre que "avoir". Tandis que dans "prendre ou donner", on a le choix. On peut répondre "prendre". On peut aussi répondre "donner". Notre relation aux objets, aux richesses (avoir ou manquer) est, en réalité, une relation aux autres, aux gens (prendre ou donner). Ce que personne ne voit, mais que le prophète nous apprend ici, c'est bien que nous sommes des êtres relationnels, liés les uns aux autres, que nous le voulions ou non : solidaires les uns des autres. Achab prend la vigne de Naboth. Les puissants de Samarie dévorent les biens des pauvres. C'est bien ce "prendre" qui est dévoilé, dénoncé, condamné, par les prophètes du Dieu vivant. C'est ce "prendre", disent-ils, qui empoisonne la vie du monde, qui génère des injustices, des situations où le mal entraîne le mal. C'est lui qui est le péché qui détruit les relations entre les gens et qui produit la défaite et la mort. N'est-ce pas lui qui donne au Proche-Orient, par exemple, le visage monstrueux qu'il nous montre depuis tant d'années ? Chacun veut prendre… Mais Elie enseigne à la veuve qu'elle peut donner. N'a-t-elle plus rien, va-t-elle mourir ? Elie sera solidaire de ce rien et de cette mort ! Lui demandant la moitié du peu de farine et d'huile qui la fait vivre, il s'associe pleinement à sa famille, à sa vie même. Ils deviennent comme un. Il va vivre de ce qu'elle donne, comme elle-même va vivre de ce qu'elle donne. Elle n'aurait pas donné, elle serait morte de faim peu après. Oui, même quand on est pauvre, même quand on n'a rien, il vaut mieux donner que prendre. Et si le but de ce culte était de nous enseigner la morale nous nous arrêterions là-dessus. Retenez-le donc déjà, enfants et adultes, jeunes et vieux, même si de soi-disant sages vous disent autre chose : c'est qu'il vaut mieux donner que prendre. Et pas seulement pour avoir la paix ! Mais pour vivre ! La vie et le bonheur de chacun de nous se construisent non pas avec ce que nous prenons, contrairement aux apparences, mais avec ce que nous donnons. Le Sermon sur la Montagne, de Jésus, dira-t-il autre chose (Matthieu 5-6) ? A celui qui veut te prendre une chose, donnes-en deux !… Le réaliste dira : mais alors, je n'aurai plus rien ! Le psychologue tentera de lui expliquer que si, il reçoit autre chose par le fait même de donner. Le prophète, même s'il est plus proche du psychologue que du réaliste, ne fait pourtant pas que de la morale, et la Bible n'est pas là pour nous dire ce que quelques grands esprits auraient pu trouver tout seuls – et d'ailleurs ils l'ont fait, en des pays qui ne connaissaient pas la Bible ! Le bouddhisme dit-il plus que cela ? Mais le prophète dit plus. Il dit ce que personne ne contestera, c'est qu'il vaut mieux recevoir que donner ! Il dit à la femme que, lorsqu'elle renonce à la logique "avoir ou manquer", lorsque dans la logique "prendre ou donner" elle donne, alors Dieu a la possibilité de lui donner à elle ! Le Seigneur, le Dieu qui était le Dieu d'Elie et le Dieu d'Israël, devient Dieu pour cette femme aussi. Elle reçoit, comme Elie l'avait dit, elle reçoit la vie et les moyens de la vie, non pas en les prenant à d'autres, non pas en les gardant jalousement jusqu'à la mort, mais en s'ouvrant à ce don en se libérant d'elle-même. Miracle, direz-vous : farine et huile ne diminuent pas ! Ce serait trop beau si c'était vrai, si ça se passait comme ça ! Si on recevait de Dieu plus que ce qu'on donne… plus que ce qu'on donnerait si ça marchait… mais ça ne marche pas, alors on ne donne pas… et comment donc verrez-vous si ça marche ? ! Donne donc, dit le prophète, donne donc, fais confiance à Dieu. Le vrai miracle est là : lorsqu'une personne fait confiance à Dieu plus qu'à lui-même, plus qu'à ses sous, plus qu'à ses forces, plus qu'à son intelligence. C'est énorme, ce que le prophète a proposé à la veuve. C'est comme de dire à celui qui se retient à une seule branche au-dessus du vide, qu'il peut la lâcher, qu'il peut faire confiance à Dieu ! C'est vrai… Le seul problème, c'est que, dans cette histoire, dans l'histoire de notre propre vie, il n'y a pas d'autre sauveteur/sauveur que Dieu ! Soit tu tiens la branche, et personne ne peut rien, et un jour la branche finira par casser, à moins que tu ne la lâches par épuisement. Soit tu fais confiance à Dieu lorsqu'il te dit : "Je suis là et je t'aime"… Ce miracle s'appelle la conversion, et il peut si peu se passer naturellement que Dieu a donné avant que nous ne donnions nous-mêmes ! Il nous a donné la vie de Jésus-Christ, il en a fait notre nourriture et la source d'eau vive où nous nous désaltérons, bien avant que nous ne soyons capables de lui faire confiance. Maintenant, nous savons que nous pouvons faire cette confiance, que nous pouvons lâcher le peu de sécurité que nous avons pour tout recevoir de Dieu. Nous le savons et nous ne le savons pas. Nous le croyons et nous ne le voyons pas. La veuve de Sarepta, c'est nous hier, lorsque nous avons fait confiance, et c'est nous demain, lorsque nous verrons que ni l'assiette de farine ni le pot d'huile n'ont désempli. Avoir ou manquer ? Avec le Dieu qui donne sa propre vie, on ne manque de rien. Plus besoin de posséder. Plus besoin de prendre aux autres. Plus besoin de garder jalousement. Notre vie n'est pas dans nos mains, mais dans celles du Dieu vivant. C'est lui qui nous garde, pour toujours. Amen. Autre lecture : 1 Rois 21 Cantiques : NCTC 303 J’ai soif de ta présence Autres textes de la même catégorie
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