Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte

1 Rois 17 v 1-16 (Daniel Chaillou)



Prédication du dimanche 09 novembre 2003 au Centre Œcuménique par le pasteur Daniel Chaillou.
Textes : Ps. 146 - 1 Rois 17, 1-16 - Héb. 9, 24-28 - Marc 12, 38-44.

C'est à partir du texte du livre des Rois que nous avons lu, que j'aimerais méditer avec vous maintenant. A cela peut-être plusieurs raisons qui ne sont pas toutes de même importance. La première c'est de prendre appui de temps à autre sur des textes du Premier Testament. Une autre raison qui fait suite, c'est de ne pas manquer ces récits fondateurs de la foi des croyants d'Israël et de la nôtre. La raison théologique enfin : au temps de Jésus on affirme que le prophète Elie doit revenir en précurseur du Messie, Jésus d'une certaine façon, souscrit à cette croyance là en désignant Jean le Baptiste comme celui qui en prépare le chemin (Matt. 17, 10-12).
Elie est une grande figure parmi les prophètes, peut-être à cause de son face à face avec le roi Achab et pour avoir tenu tête à la reine Jézabel ainsi qu'aux centaines de prêtres de Baal qu'elle a installés en Israël. Elle fait tout pour détourner le peuple du culte offert au Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et pour l'entraîner dans l'adoration du Baal. Une lutte acharnée s'engage entre la reine et le prophète qui est obligé de se cacher au torrent de Kérith puis chez cette femme veuve de Sarepta, près de Sidon en Phénicie.
Mais si le prophète Elie bénéficie d'une place exceptionnelle dans la tradition, c'est probablement parce que selon le récit prophétique, il est le seul, avec le patriarche Enoch, à avoir été élevé auprès de Dieu sans connaître la mort, sous les yeux de son successeur le prophète Elisée.
Sur les paroles du prophète Elie une grande sécheresse, qui durera trois ans et demi, s'est abattue sur toute la région en avertissement contre le péché du roi Achab qui est allé jusqu'à adorer l'idole du Baal dans la patrie de son épouse Jézabel, à Sidon de Phénicie. Comble de l'impiété, les cultes de Baal et Ashéra ont été introduits à Samarie, la capitale du royaume d'Israël. Elie est recherché pour être mis à mort. C'est au moment où le manque de nourriture se fera cruellement sentir qu'Elie se présentera au serviteur Abdias d'abord puis au roi lui-même et fera convoquer tout le peuple d'Israël au Mont Carmel.

Elie, la veuve de Sarepta et son fils connurent ce que toutes les victimes des calamités connaissent.
Vivre au jour le jour. Connaître les longues périodes de privation. Regimber contre le sort et faire confiance pour la pitance du jour. Ne pas savoir de quoi demain sera fait. Connaître le pire : la maladie et la mort de son enfant après celle de son mari. Comment cette femme a-t-elle pu faire confiance à cet étranger venu de nulle part, l'importuner et manger la poignée de farine qui lui restait ?
Bien entendu nous n'avons aucun moyen de vérifier les faits et il ne s'agit pas de cela. Nous savons que dans ces périodes là, la survie ressemble à cela et qu'après coup on se demande comment on a bien pu s'en sortir encore vivant. Ce récit une fois de plus, fonctionne pour son interprétation comme une parabole, comme un récit fondateur de la foi. Cette femme, comme la Cananéenne que Jésus rencontrera plus tard dans cette même région, a eu l'intelligence de la foi. Cette femme, extrêmement lucide, ne se cache pas la face. Après avoir ramassé ses deux bouts de bois et fait cuire la dernière galette, elle sait bien ce qui les attend, elle et son fils : "après cela nous mourrons", dit-elle simplement.
Ils sont probablement des millions de nos jours encore, femmes, hommes et enfants sans ressources qui vivent à vue, qui ne vivent que dans l'instant parce que l'avenir n'existe pas pour eux. Et cependant jour après jour c'est comme un acte de foi renouvelé et réaffirmé au travers des privations et de la souffrance.
Nous pouvons évoquer toutes les victimes des calamités naturelles ou conflictuelles de nombre de pays. Mais je pense qu'aucun lieu de la terre, aucun pays au monde n'échappe à cette mauvaise répartition des ressources vitales. L'injustice humaine est trop grande. Les efforts des organismes caritatifs et humanitaires n'y suffisent pas. Dans nos pays, riches et techniquement équipés pourtant, trop de compatriotes ont à souffrir des excès de la chaleur ou du froid et du manque de nourriture, d'hygiène et de vêtements. Les différents services d'entraide vont être vite envahis et débordés si ce n'est déjà le cas.
Décidément ils sont encore des millions, que dis-je, probablement des milliards, à vivre d'instant en instant, de la prophétie d'Elie : "La farine qui est dans le pot ne manquera et l'huile de la cruche ne tarira …" Auraient-ils de surcroît la force et la foi d'ajouter la suite qu'entrevoit le prophète : "…jusqu'au jour où le Seigneur fera tomber la pluie sur le sol ?"
Bien que prophète, la tâche qui incombe à Elie est aussi périlleuse : annoncer la pluie alors que la sécheresse et la famine ne font que plus de dégâts au point que l'enfant tombe malade et meurt. Dans un sens Elie aurait peut-être préféré rester au torrent desséché du Kérith disputer sa pitance, même répugnante, aux corbeaux que d'avoir à charge la survie de ce foyer. Cependant c'est là qu'il trouve refuge et l'occasion de partager ses charismes de prophète en redonnant la vie au garçon et le rendant ainsi à sa mère qui retrouve ainsi raison de vivre. L'annonce prophétique, pas plus que l'annonce évangélique ne se fait dans la facilité. Sans les rechercher, c'est très souvent au milieu des épreuves que le message doit être porté et parfois vérifié lorsqu'une bénédiction de Dieu vient réconforter.
Notre tâche à tous, nous la percevons bien, c'est d'accueillir la grâce de Dieu dans notre vie et de transmettre un peu de cette confiance autour de nous en même temps que des signes porteurs d'espoir voire de l'espérance qui nous anime.
Je ne voudrais pas être pessimiste, comment un pasteur pourrait-il l'être, mais il me semble que ces temps-ci la tendance serait quelque peu au découragement. Rien que de très ordinaire, c'est vrai. Mais c'est précisément en pareille circonstance qu'il nous revient de continuer à transmettre l'espérance évangélique sous la forme d'annonce et de signes d'amour porteurs. Amen.




Inscription à la newsletter

Sondage
Quelles rubriques devraient être développées prioritairement ?