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1 Rois 17 (Vincent Nême-Peyron)
Prédication du 3 août 2003
Pasteur Vincent Nême-Peyron Texte biblique : I Rois 17 " Venez assister au combat du siècle : Baal contre l'Eternel, le champion des Cananéens contre celui d'Israël, le Dieu de la fertilité contre celui de l'alliance. Qui gagnera ? Qui sera le plus puissant ? Faites vos paris " Quelques anachronismes mis à part, voici comment Elie considère le combat de la foi : un match, une compétition entre deux divinités. A ma gauche, Baal, nom générique signifiant " seigneur " ; divinité des Cananéens, dieu de la pluie et de la fertilité, de la foudre et de la fécondité, adoré depuis des siècles t pour plusieurs siècles encore, par les Cananéens, puis les Carthaginois. Les noms des grands chefs puniques l'attestent : " Hannibal ou " Hasdrubal ". A l'époque d'Elie, au 8ème siècle avant Jésus-Christ, Baal n'est pas seulement suivi par des peuples étrangers ; il séduit également de nombreux juifs. Pire encore, la royauté donne le mauvais exemple. Le roi Akhab et sa femme Jézabel veulent asseoir leur pouvoir sur le culte de Baal. Face à cette divinité, si séduisante, l'Eternel, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le dieu de l'alliance, le dieu d'Israël. Elie, le prophète de Galaad se veut le champion de l'Eternel. Comme les croyants de son temps, il n'est pas encore vraiment monothéiste. Elie ne croit pas forcément que l'Eternel soit le seul dieu. Par contre, il est persuadé qu'il est le seul dieu que les Israélites doivent suivre. Alors, poussé par son zèle, Elie lance un défi au roi Akhab ; " Par la vie du Seigneur, le Dieu d'Israël, au service duquel je suis, il n'y aura, ces années-ci, ni rosée, ni pluie, sinon quand je l'aurai dit ". Nous voici devant une double confrontation : Elie contre Akhab, Baal contre l'Eternel. Car, ne nous y trompons pas, la sécheresse annoncée n'est pas une punition divine, c'est le terrain choisi par Elie pour l'affrontement entre deux divinités. Sciemment, Elie attaque sur le point fort de l'adversaire : la fertilité, la fécondité. Si l'Eternel provoque la sécheresse et que Baal est incapable de faire revenir la pluie, alors la preuve sera faite que l'Eternel est plus fort que Baal et que c'est vers lui qu'il faut se tourner. Elie veut la confrontation et il enrôle son dieu dans ce combat. Le seul problème, c'est que l'Eternel ne lui a rien demandé. Il ne lui a pas demandé de lancer ce défi. Il ne lui a pas demandé d'annoncer la sécheresse pour faire plier un peuple rebelle. Il attend autre chose d'Elie. Pour le lui faire comprendre, il l'envoie ailleurs, en recyclage. D'abord, il envoie Elie pour un temps de retraite, près du ravin du Kerith. " Va-t-en " lui dit le Seigneur. Elie doit s'éloigner de Jérusalem et de ce roi qu'il a provoqué, pour se rendre dans cet endroit désert, " ravitaillé par les corbeaux ", où il va pouvoir prendre du recul, méditer, se retrouver seul avec lui-même et avec son Dieu. Elie a besoin d'etre déplacé, géographiquement et intérieurement. Comme nous, il a besoin d'un temps de retraite, de solitude, de méditation intérieure. Puis, parce que la retraite n'est pas une fin de soi, Elie est envoyé à Sarepta, pour rencontrer, et servir. Là, il rencontre une veuve, une femme pauvre, si pauvre qu'elle ne peut subvenir à ses besoins et à ceux de son fils. Alors, elle prépare son dernier repas avant de se laisser mourir. C'est pourtant vers cette femme qu'Elie est envoyé. Plus extraordinaire, il n'est pas conduit vers elle pour l'aider mais pour demander assistance. Elie rêvait d'un duel au sommet avec le roi Akahb et d'un affrontement entre deux divinités sur le terrain de la puissance ; Il vit une rencontre insignifiante avec une pauvre femme étrangère. Il se revait champion de l'Eternel, il est placé dans une situation de dépendance mutuelle. Il a besoin de cette femme pour survivre ; elle a besoin de lui et de son Dieu. Alors, dans cette situation-là, Dieu agit. Un miracle a bien lieu. La jarre d'huile et la cruche de farine ne désemplissent plus. Elie, la femme de Sarepta et son fils peuvent se rassasier. Nous sommes bien loin de ces miracles spectaculaires qu'Elie invoquait. Nous sommes bien loin d'une conversion de masse ou d'une repentance royale. L'Eternel agit quand il le souhaite, sur le terrain qu'il a choisit : celui de la rencontre, du partage, de la fragilité acceptée. Troisième phase du recyclage : Elie guérit le fils de la veuve et suscite une parole de foi.. Le Seigneur l'a conduit là où il devait etre : loin des lieux de pouvoir, près de ceux qui ont besoin de la tendresse et de la bonté de Dieu. C'est là qu'est sa place, c'est là qu'il peut etre témoin de l'Eternel, c'est là que la puissance de Dieu peut s'exercer ; c'est là qu'une parole de foi peut s'exprimer : " Oui " dit la veuve, " maintenant je sais que tu es un homme de Dieu et que la Parole du Seigneur est vraiment dans ta bouche ". Il recherchait la confrontation, sa propre gloire peut-être. Il faisait de l'Eternel une divinité plus puissante mais semblable à Baal. Le Seigneur l'a déplacé, il l'a envoyé ailleurs, dans une situation humaine réelle, au cœur de la vie des plus faibles. Plus que tout autre, ce texte le manifeste : Elie, comme l'ensemble des personnages bibliques, n'est pas un saint dont nous ayons à justifier coûte que coûte la canonisation. Il est un homme avec ses fragilités, ses enthousiasmes, sa violence intérieure. En lui, Dieu doit travailler, " besogner " comme l'écrit Calvin. Elie rêve de convertir alors qu'il doit sans cesse se laisser convertir par la Parole de Dieu. C'est pourquoi ce prophète peut nous servir, aujourd'hui, de modèle et de mise en garde. Il est un modèle par la force de sa foi. Il se trompe souvent, il tend à manipuler Dieu, il se plaint, il tempête, il commet des erreurs voire des crimes, mais il croit, de toutes ses forces. " Je suis passionné par le Seigneur " dit-il. Qui d'entre nous peut dire la meme chose ? Qui vit sa foi avec la meme intensité, la meme force ? Elie se consacre entièrement à son Dieu. Aujourd'hui, nous avons à reconsidérer la place que nous laissons à Dieu dans notre vie. Dans les décisions que nous prenons, quelle place laissons-nous à Dieu ? Dans les orientations que nous donnons à notre vie, quelle place laissons-nous à Dieu ? Dans ce qui nous préoccupe, ce vers quoi nous nous mobilisons, quelle place laissons-nous à Dieu ? Dans notre vie d'Eglise, quelle place laissons-nous à Dieu ? Elie nous sert aussi de mise en garde. Car ce passionné du Seigneur doit apprendre à canaliser ce zèle pour le diriger, non plus contre les infidèles ou la puissance royale mais en faveur des plus petits, des plus fragiles. Il doit se mettre au service de Dieu au lieu de mettre Dieu au service de sa cause. Ce déplacement, ce recyclage - et nous verrons les prochains dimanches qu'il ne fait pas une fois pour toutes - nous concernent également. Comme Elie, nous sommes aujourd'hui confrontés à différentes façons de vivre et de croire. Il y a les autres religions : le judaïsme, le bouddhisme, l'islam. Il y a surtout l'idéologie de l'utilitarisme, si prégnante actuellement, qui ne valide que ce qui est augmente le bien-être ou la performance. Ce mode de pensée est tellement dominant qu'il sert de grille d'évaluation pour toute chose y compris dans le domaine religieux. Pour prendre deux exemples, le bouddhisme est à la mode parce qu'il servirait à l'épanouissement ou augmenterait les performances en entreprise. Par contre, il est reproché au catholicisme de freiner le développement économique ou l'épanouissement personnel. Dans ce climat de concurrence sur le terrain de l'utilitarisme, le risque est grand d'agir comme Elie et de combattre les autres religions ou modes de pensée sur leur terrain, et non sur celui de l'Evangile. Le risque est grand de vouloir prouver que Jésus est le plus fort des thérapeutes ou le meilleur pour réussir dans la vie. En Corée ou au Brésil, il arrive malheureusement à une aile extrémiste du protestantisme d'employer semblable argument et de lier conversion et succès économique, baptême et richesse matérielle. En France, cette théologie dite " de la prospérité " ne s'est heureusement pas beaucoup développée. Mais il en est parmi nous qui regrettent la modestie de notre protestantisme français et voudraient le rendre aussi " établi " que le catholicisme ou aussi expansionniste que certains groupes religieux. Pourtant, je crois que nous n'avons pas à nous placer sur ces terrains de la concurrence, de la visibilité ou de la puissance mais d'abord sur celui de l'Evangile, de la Bonne Nouvelle. Bonne Nouvelle d'un Dieu qui se tourne vers nous. Bonne Nouvelle d'un pardon toujours offert. Bonne Nouvelle qui suscite en retour notre foi. Bonne Nouvelle qui nous tourne vers notre prochain, c'est-à-dire vers celui dont nous nous rendons proche, dans l'Eglise mais aussi au-delà. Bonne Nouvelle qui fait de notre prochain un partenaire possible et plus un concurrent ou un autre individu isolé. Comme Elie, c'est sur ce terrain que l'Eternel nous déplace. Car c'est là que des miracles peuvent se vivre : miracles du partage, de la fraternité, de l'entraide, de la guérison intérieure. C'est là que des confessions de foi authentiques peuvent surgir. Alors, pour vivre l'Evangile, laissons-nous déplacer par la Parole de Dieu. Laissons la Parole nous conduire au calme, dans la solitude, afin de développer notre vie intérieure, et de laisser grandir en nous la présence de Dieu. Laissons la Parole nous rendre disponible à la rencontre et au service. Laissons la Parole nous confronter à la dépendance et à la fragilité pour que la puissance de Dieu puisse se manifester. Laissons donc la Parole nous recycler pour que nous apprenions à être, non des tièdes ou des héros de la foi, mais des miroirs reflétant la bonté, la puissance et la tendresse de Dieu. Amen ! Autres textes de la même catégorie
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