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1 Pierre 2 v 20b-25 Alphonse MAILLOT



Texte : 1 Pierre 2/20b-25
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Qui a péché… ? — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année A (Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte - Trinité). Mission intérieure de l’Eglise Evangélique luthérienne, 1993 (p. 106-108).



3° dimanche après Pâques
ou 4° dimanche de Pâques

1 Pierre 2/20b-25

Ceux qui nous ont extrait ce passage semblent bien avoir oublié qu'il est adressé aux... "esclaves" et à la rigueur aux "domestiques". En tout cas, j'imagine quelle résonance il aurait aujourd'hui : "Ouvriers, si le patron vous fait souffrir, alors que vous avez bien fait votre travail... rendez hommage à Dieu en supportant tout !". Un beau tollé serait la réponse, d'ailleurs justifiée. En effet, une transposition s'impose ! Et pour cela, il faut nous souvenir de la situation générale à l'époque de Jésus : si l'esclavage (qui n'était pas aussi rude par exemple que celui du Sud des U.S.A. au début du siècle dernier, ni même que la pseudo-liberté des ouvriers français de la fin du 19° siècle) était courant dans le monde gréco-romain, où l'esclave était une chose, cependant il était sérieusement restreint entre Israélites et, de toute manière, limité à sept ans (Deutéronome 15/12) ; et même l'étranger résidant en Terre sainte bénéficiait de cette possibilité d'affranchissement.

Jésus ne semble pas avoir été préoccupé par cette situation, alors qu'il met en cause bien d'autres statuts, celui des femmes en particulier. Ce qui permet cependant d'admettre que, pour lui (malgré la parabole de Luc 17/7-10, mise en boîte prémonitoire de disciples croyant que Dieu leur doit quelque chose), il n'existe pas de structure sociale divine et donc intangible.

Ce sera, toutes proportions gardées, la position de Paul, tout d'abord envers son ami Philémon, à qui il renvoie l'esclave Onésime, tout en exhortant Philémon pour qu'il le libère, au nom de sa foi chrétienne. De plus, il renvoie Onésime comme un homme qui, librement, en respectant l'autorité de son maître, se rend auprès de celui-ci, que Paul, au nom de la même liberté, exhorte à concrétiser sa foi en le libérant. C'est d'ailleurs ce que dit 1 Corinthiens 7/21-24 où je pense qu'il faut traduire : "Tu étais esclave quand tu as été appelé (à la foi) ? Ne t'en tracasse pas mais si tu peux te faire affranchir, ce sera encore mieux" (cf. d'ailleurs v. 23 : "On a payé très cher pour vous ! Ne redevenez pas esclaves des hommes"). Ce qui était d'ailleurs la position des Juifs qui ont des mots très durs contre ceux des leurs qui refusaient d'être affranchis ; mais eux aussi recommandaient un vrai respect des maîtres.

C'est ce que nous retrouvons ici : il est possible d'être chrétien dans les diverses situations sociales. Or, comme notre société s'est affranchie (si l'on peut dire) de l'esclavage, après avoir constaté, comme Paul, qu'il est plus facile de vivre la foi chrétienne dans une telle société, nous devons respecter ce nouveau cadre, en y affirmant notre liberté, mais en sachant que ce n'est pas le cadre qui fait le "tableau" ni un changement de cadre qui donnera de lui-même un nouveau tableau, même s'il permet de mieux l'apprécier.

Revenons brièvement à notre texte, en remarquant un léger "abus" de l'auteur, à propos de l'exemple du Christ (v. 21) :
1- Jésus n'est pas né esclave ;
2- Jésus n'a jamais dépendu de maîtres d'ici-bas, comme un esclave ;
3- D'ailleurs le mot "esclave" de Philippiens 2/7 auquel songe certainement l'auteur, doit être plutôt traduit par "serviteur".
4- Et, si Jésus s'est voulu (cf. 2° Esaïe) le Serviteur-du-Seigneur, c'est librement ; et c'est encore librement qu'il s'est voulu au service des hommes (Marc 10/43-45 et parallèles). Ce passage de l'épître a cependant pour avantage de montrer que, quelle que soit la situation sociale, le chrétien peut l'assumer et la surmonter par sa liberté (aux v. 23-24, on retrouve bien des affirmations qui rejoignent celles faites sur le Serviteur-du-Seigneur dans Esaïe 40 à 55).

On prendra garde, ici encore, à ne pas :
a) trop "dogmatiser" les v. 24-25 ;
b) à ne pas les délaisser comme paroles dépassées.

C'est une manière de rendre compte du salut que nous a apporté et donné le Christ ; mais si le don est clair, si sa réception (la foi) est aussi claire, sa "communication" l'est moins. L'essentiel est bien cependant que ce don :
a) soit réellement fait,
b) réellement reçu ; le "canal" est sans grande importance.

Au fait, il est regrettable que la TOB, qui explique bien le mot "âme" en 1/9, garde ce mot si mutilé, dans ce texte (contrairement au Lectionnaire catholique qui met "vous").