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1 Pierre 1 v 3-9 David Mitrani



texte : Première épître de Pierre 1 / 3-9
premières lectures : Évangile selon Jean 20 / 19-31 ; Actes des apôtres 2 / 42-47
chants : 219 et 208 (NCTC)

Chers amis, il faut nous livrer aujourd'hui à un exercice difficile:éviter d'entendre la Loi dans l'Évangile, éviter de repartir plus abattus que nous ne sommes arrivés! Car beaucoup de choses que nous venons d'entendre nous disent ce que nous ne faisons pas, beaucoup de descriptions qui sont sensées parler de nous ne nous décrivent pas bien… ou plutôt, c'est nous qui n'y corres-pondons pas! Bref, là où Luc et Pierre nous disent: c'est l'Église, eh bien… nous ne nous recon-naissons pas!
C'est vrai, parfois même dans le Nouveau Testament, nous entendons, nous trouvons plus facilement la Loi que la Bonne nouvelle, et plus rapidement nous sommes portés à l'humiliation – ou à la révolte! – qu'à l'espérance. C'est dommage, mais ça nous va mieux: il est plus facile pour nous de dire en nous regardant: "eh oui, tant pis", que de nous dire: "allons-y!"… L'exigence divine à notre égard entraîne la confession de notre péché, confession sincère – je n'en doute pas – mais souvent peu productive. C'est la bonne nouvelle de notre salut qui est productive, mais habituellement nous y résistons. Nous préférons les cailles rôties de l'Égypte à la marche forcée du Désert…
Pourtant, aujourd'hui, c'est bien d'Évangile qu'il s'agit, à travers les Actes des Apôtres comme à travers l'Apôtre Pierre. Oui, il s'agit bien d'une description de l'Église, et: non, nous n'y correspondons pas. Comment tenir les deux? Car il n'y a aucun doute: nous sommes l'Église de Jésus-Christ, l'Église de ce Seigneur crucifié et ressuscité qui est notre Sauveur. Oh, nous ne sommes pas l'Église tout seuls, il y en a quelques autres… Mais nous le sommes! La remise en cause n'est pas permise. Nous y avons été appelés, nous l'avons rejointe, nous y sommes, avec notre foi et tous nos doutes, avec notre espérance et toutes nos craintes, avec notre amour et tous nos échecs. Comme le livre des Actes le souligne, cela vient de Dieu, c'est fait!
Alors? Aujourd'hui, c'est la lettre de Pierre qui nous retiendra. Notre extrait commence par une exhortation, ça c'est facile, on nous dit quoi faire, il suffit de mettre en pratique. Comme l'énonce ma traduction: "Chantons la louange de Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ!" C'est simple: il suffit de faire tout le contraire de ce que nous faisons d'habitude… Nous tourner vers Dieu sans cesse, du matin au soir, pour le louer non pas du beau temps ou de la santé ou de la réussite – évidemment, pas non plus de la pluie, de la maladie ou de l'échec! –, mais pour le louer à cause de Jésus-Christ, pour le louer de ce qu'il est notre salut…
Le problème, au milieu de toutes les circonstances de la vie, c'est que nous ne savons pas faire! Au milieu du culte, oui, nous savons, encore que notre louange ne soit pas très explosive!… Mais le reste du temps, c'est quoi, "chanter la louange de Dieu"? Je ne vous déclinerai pas mainte-nant toutes les occasions de louange, c'est-à-dire toutes les circonstances heureuses ou malheu-reuses qui constituent votre vie et la mienne. Regardez votre journée, regardez vos activités, regar-dez vos rencontres, regardez vos relations, regardez vos pensées, vos paroles et vos actes: et à chaque fois, demain, lorsque ces choses se reproduiront, "chantez la louange de Dieu"…
En fait, plutôt qu'une exhortation, il y a un mot, un seul, qui résume dans notre texte de ce matin ce qui nous convient, à nous Église, à nous chrétiens, c'est justement cette description qui ne nous ressemble pas et qu'il faut prendre garde d'entendre comme une Loi, comme un commande-ment auquel nous n'obéissons pas. Non, c'est une Bonne nouvelle, c'est une description, c'est nous. Voilà ce mot: la joie. "Vous êtes remplis de joie", écrit Pierre! Heureux homme d'avoir si mau-vaise vue et d'en tirer de telles conclusions, direz-vous… Oui, heureux homme, de voir autre chose que nos yeux!
Car la voici, la raison d'un tel décalage! Il y a ce que nos yeux voient et ne voient pas, et puis il y a la réalité des choses. L'athéisme consiste à identifier ces deux niveaux: est vrai ce que je vois, est faux et illusoire ce dont je parle comme si c'était vrai, alors que je ne le vois pas. Dieu se-rait donc une fable, mais aussi l'amour et tout plein d'autres choses. En fait, il ne reste que ce qui ressortit des pulsions, de l'intérêt individuel, de la force. Or, notre Dieu n'est pas une pulsion en l'homme, mais une personne autre; il n'a pas d'autre intérêt que notre bonheur; il n'agit qu'à travers la faiblesse. Bref, il ne se voit pas, il n'existe donc pas…
Or nous, nous savons qu'il existe, qu'il parle, qu'il agit, et nous savons aussi que nous ne le voyons pas, que nous sommes incapables de le prouver. Nous confessons qu'à côté de la réalité visible… non: au cœur de la réalité visible, pas à côté, pas à la place, mais au cœur, il y a aussi un autre niveau de réalité, une autre "manière" de réalité, qui transforme le sens que nous donnons à ce que nos yeux voient, à ce que nos mains font, à ce que nos cœurs ressentent. Ce n'est même pas tellement qu'il y a un "déjà" et un "pas encore", un présent de la foi et un avenir du salut, comme une lecture rapide pourrait laisser croire. Non. Il y a deux réalités qu'on pourrait caractériser ainsi, même si c'est une caricature: il y a d'une part la foi, la lumière, la vie, et d'autre part la vue, les ténèbres, la mort. Dans les deux cas, il est question du même monde, de la même existence, des mêmes événements, mais de deux compréhensions différentes, de deux attitudes différentes, de deux avenirs différents… et même de deux présents différents!
"Vous êtes remplis de joie!" C'est bien vous, c'est bien maintenant, c'est bien tels que vous êtes, pécheurs, englués dans des situations inextricables, et, pour le dire comme Pierre en "français fondamental", "même si toutes sortes de difficultés doivent vous rendre tristes pendant un peu de temps"… Deux regards, deux manières: vous selon le monde, c'est ce qui vient après le "même si", ou bien vous selon le salut… Ne cherchez pas auquel vous correspondez, vous êtes des deux cô-tés, puisque ce ne sont pas deux côtés, mais deux manières de parler de vous, et vous, vous êtes uniques, pas doubles!
C'est là que retentit l'exhortation de tout à l'heure: "chantons la louange de Dieu". C'est-à-dire: choisissons de nous considérer nous-mêmes, et de considérer le monde où nous sommes et l'histoire que nous vivons, avec seulement l'une des deux manières, celle de Pierre, au lieu de choi-sir l'autre, celle de tout le monde, ou bien de vagabonder et de nous écarteler entre les deux! Que change, que se convertisse, notre compréhension de nous-mêmes et de notre vie. Cessons d'être des athées à convictions chrétiennes! Ne devenons pas non plus, comme c'est assez à la mode, des croyants à convictions athées, appelant la nuit "jour" et le jour "nuit" sous prétexte de "science".
Soyons simplement des chrétiens. Ne fuyons pas la réalité. Ne la nions pas. Assumons-la. Mais assumons-la dans la foi et non dans l'aveuglement de ceux qui prétendent voir. Thomas était de ces derniers: vous avez réentendu ce qu'il advint de lui, et ce qui lui fut dit… c'est pour nous que ces choses furent écrites! Nous sommes celles et ceux qui "voyons" autrement, et ce que nous voyons ainsi, par l'action du Saint Esprit en nous, cela nous "remplit de joie". "Cette joie, vous l'avez parce que vous êtes sauvés", dit encore Pierre. Bien sûr…
"Vous êtes sauvés." Ce n'est pas pour demain. Vous le verrez demain. Mais vous l'êtes au-jourd'hui. Vous êtes sauvés de l'erreur de ceux qui croient voir la réalité. Vous êtes sauvés de ne mettre votre espérance que dans ce qui passe, meurt et pourrit. Vous êtes sauvés non pas de ce monde, mais dans ce monde, comme Jésus le priait avant sa Passion (Jean 17 / 13-18). Vous êtes de "nouvelles créatures" (2 Cor. 5 / 17), vous êtes "nés une deuxième fois", comme c'est dit ici. Bien sûr, vous ne le voyez pas, bien sûr, vous ne l'éprouvez pas. Le monde est menteur, il ne vous en rend pas témoignage…
Mais vous le savez, vous le croyez, cela est arrivé non pas à cause de vous, mais pour vous à cause de Christ. C'est cela la résurrection, c'est ce changement du monde et de vous-mêmes au nom duquel vous n'êtes plus morts, mais sauvés. Et tout naturellement, dans ce salut, "vous êtes remplis de joie"! Mes frères et sœurs, accrochez-vous à cette joie. Ne la bridez pas! Ne l'empêchez pas de vous arracher à ce monde qui passe, ne l'empêchez pas de vous tourner vers l'espérance de la foi. Et puis, et puis… ne l'empêchez pas trop de s'exprimer, comme vous le faites.
Vous êtes protestants, et vous êtes charentais, et ce sont deux qualités sans doute, mais aussi deux raisons de ne rien laisser paraître. Laissez la joie de Pâques, qui vous remplit, laissez-la déborder un peu, laissez-la déborder parfois. Après tout, ce serait aussi un bon témoignage que vous n'êtes pas comme le monde vous voit, mais comme la résurrection de Christ vous a fait! Car c'est vrai: il est vivant, il est ressuscité, et vous avec lui! Amen.
Jarnac - 7 avril 2002
Pasteur David Mitrani - erf.jarnac@free.fr



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