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1 Corinthiens 3 v 21 Pierre COSTE
Texte : 1 Corinthiens 3/21
Genre : Etude biblique Auteur : Pierre COSTE Source : Le Christianisme au XX° siècle, n° 592, du 11-17.05.1997 (p. 12) & n° 593, du 18-24.05.1997 (p. 12). « Tout est à vous » « Que personne donc ne mette sa gloire dans des hommes ; car tout est à vous » (1 Corinthiens 3/21). L’Eglise de Corinthe posait de nombreux et sérieux problèmes à l'apôtre Paul. Problèmes moraux et spirituels. A Corinthe, beaucoup restaient et vivaient encore dans la dépendance et l'influence de leur ancienne vie, de leurs anciennes mœurs ; des sous-groupes s'étaient constitués, et chacun voulait avoir son « gourou » ; certaines personnes donnaient encore la priorité à la vie sensuelle dans l'impudicité la plus libertine, d'autres personnes restaient attachées aux biens matériels, d'autres s'appuyaient encore trop sur la sagesse des hommes. Notre société semble ressembler beaucoup, à plus d'un égard, à celle de Corinthe. Plaisir - Possession - Puissance du Pouvoir - ne caractérisent-ils pas trop souvent la recherche cachée ou déclarée de bien de nos contemporains ? A nous, comme aux Corinthiens de son temps, Paul propose une voie et une perspective sans limite : Tout est à vous ! Voilà une affirmation qui ne pourra que plaire au plus grand nombre ! Quelle parole sympathique ! Sympathique, mais aussi paradoxale et intrigante, si on la sort de son contexte. La formule célèbre : « Un texte sans son contexte n'est qu'un prétexte » s'appliquerait très bien ici. Si chacun considère que tout ce que son voisin a lui est acquis, si chacun prend la voiture, l'argent, voire la femme de son voisin, alors, l'apôtre Paul aurait été le premier des anarchistes, le premier négateur — bien avant Jean-Jacques Rousseau — de la légitimité de la propriété individuelle. Faut-il alors passer, sans s'y arrêter, sur cette belle formule de l'apôtre et négliger pour autant les infinies richesses auxquelles il pensait ? Paul reste ici, sans doute, dans la perspective de la générosité préconisée par toute la Thora, générosité systématique (la dîme), générosité non-régulière bien que fortement recommandée (les offrandes). La Thora pourrait alors apparaître comme l'inspiratrice lointaine de tous les mouvements socio-humanitaires que le monde occidental connaît depuis des siècles. Si sa parole reste d'actualité, de quelle totalité s'agit-il ? Quelle est la possession que nous signale l'apôtre? Y a-t-il une limite aux choses concernées par ce « tout » ? Que contient-il ? Paul répond au verset suivant : « Soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit les choses présentes, soit les choses à venir. Tout est à vous » (v. 22). Après une si belle énumération, Paul répète, confirme : « Tout est à vous ». A l'examen, on remarque que Paul indique huit éléments de ce « Tout », de cette « possession ». Un simple classement permet de les organiser en quatre catégories. Les hommes Paul, Apollos, Céphas-Pierre. Et quels hommes ! Des apôtres, des serviteurs de Dieu. Deux, Paul et Pierre ont rencontré Jésus ; Pierre a même vécu trois ans et demi avec le Maître. Paul s'est donné tout entier aux Juifs et aux païens. Pierre aussi a fait le don de sa vie jusqu'au martyre. Nos pasteurs, nos dirigeants, nos officiants, nos présidents (de synodes, de conseils, de fédérations, de F.P.F. ou autres), les considérons-nous comme notre possession ? Parfois, certains les prennent comme porteurs de bagages ou chauffeurs de taxi. Certes, parfois, ils ne refusent pas de rendre de menus services de ce type. Mais est-ce ce que Dieu nous invite à leur demander ? On sait que, pour ne pas être distraits du ministère de la Parole, les apôtres durent instituer des diacres (Actes 6/1-4). C'est par fraternité et unité spirituelles, surtout, que nous devons penser et dire : Mon Pasteur, mon Président, etc... Le monde L'apôtre élargit ici le champ à sa plus grande extension quantitative. André Chouraqui traduit kosmos par univers. Il veut sans doute signifier qu'il s'agit de toute la création divine. « Le monde et ce qu'il renferme, tout est à moi, dit l’Eternel » (Psaume 50/12). Paul veut nous dire que Dieu est prêt à tout nous donner, puisqu'il est par création premier propriétaire de tout. Et il en dispose à sa guise. S'il a laissé Satan devenir le « Prince de ce monde » par usurpation, Dieu en reste le vrai propriétaire en droit et en fait, il en use et en dispose pour qui il veut, quand il le veut, dans la perspective du Plan du Salut, surtout. La vie, la mort L'apôtre approfondit ici ce qui nous est le plus essentiel, la vie : il s'agit, d'abord, de la vie ici-bas. Luc rapporte les paroles de Paul au milieu de l'Aréopage à Athènes : « Lui (Dieu) qui donne à tous, la vie, la respiration... car en lui nous avons la vie, le mouvement et l'être... » (Actes 17/25 & 27). Notre existence dépend de Dieu depuis la création, puis par la Rédemption, né de nouveau d'eau et d'esprit (Jean 3/5) et par la régénération en Jésus-Christ (1 Pierre 1/3) ; il s'agit donc, au-delà de la vie ici-bas, essentiellement de la vie éternelle. « Et voici ce témoignage, c'est que Dieu nous a donné la vie éternelle, et que cette vie est dans son Fils. Celui qui a le Fils a la vie... » (Jean 5/11-12). Paul précise : « Tout est à vous... soit la vie, soit la mort ». Paul ne souhaitait pas que les Corinthiens demandent la mort ou la désirent. Une première interprétation, dans le contexte de ses réprimandes adressées aux Corinthiens, c'est que le péché conduit à la mort, les péchés de débauche, d'impudicité, de perversion ou d'abus sexuels aussi. « Car le salaire du péché, c'est la mort... » (Romains 6/23). Une deuxième interprétation : il ne faut pas non plus croire que Paul souhaitait la mort pour lui-même, lorsqu'aux Philippiens il déclare : « ...Maintenant comme toujours, Christ sera glorifié dans mon corps... soit par ma vie, soit par ma mort ; car Christ est ma vie et la mort un gain » (Philippiens 1/20-21). Paul sait que la mort est un sommeil d'inconscience : « Nous ne voulons pas, frères, que vous soyez dans l'ignorance au sujet de ceux qui dorment... » (1 Thessaloniciens 4/13), comme Jésus le dit aux disciples à propos de la mort de Lazare, son ami : « Après ces paroles, il leur dit : Lazare, notre ami, dort ; mais je vais le réveiller. Les disciples lui dirent : Seigneur, s'il dort, il sera guéri... Alors Jésus leur dit ouvertement : Lazare est mort… » (Jean 11/11-12 & 14). Paul veut simplement souligner qu'il risque de lui arriver de mourir en martyr. Et qu'il accepte cette mort comme un gain et qu'à son réveil, à la Résurrection, il sera avec Jésus. Troisième interprétation : celle de David face à Goliath. Il a disposé, il a obtenu la mort de son ennemi (de ses ennemis). Il ne s'est pas privé de l'écrire dans les Psaumes. Cette alternative : vie et mort, représente donc aussi autre chose, une autre possession ; il s'agirait de quelque chose de plus fort que le pouvoir matériel. Les choses présentes, les choses à venir Ici, il y a une indétermination volontaire de l'apôtre, qui souligne encore plus fortement le « Tout ». « Tout est à vous », aujourd'hui plus qu'hier, encore moins que demain. Dieu n'a-t-il pas béni sans arrêt son peuple, les hommes, depuis la création ? Dieu donne tout dans le temps, tout le temps, 24 h sur 24. Paul reprend l'affirmation générale de l'attention et du soin permanents de Dieu pour les hommes. Cela doit nous inviter à une attitude de quiétude, de paix, de non-stress, de confiance, de sérénité. Paul reprend la pensée de Jésus : « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu et toutes ces choses vous seront données par-dessus » (Matthieu 6/33). Dieu peut pourvoir à tous les besoins de notre vie quotidienne. Mais il prévoit aussi et surtout de pourvoir à tous les besoins de notre vie spirituelle de l'avenir proche, de l'avenir lointain, celui de l'éternité. Dieu, chaque jour, ne veut-il nous donner que ses biens matériels ? Ne veut-il nous soutenir que dans nos projets terrestres ? N'a-t-il pas pour nous des projets plus élevés, des plans plus éternels ? La réalité du constat de nos diverses situations matérielles inégales, de nos positions sociales, de nos fortunes ou patrimoines disproportionnés, risque de montrer à beaucoup, de faire penser à bien d'autres, qu'ils ne possèdent pas tout ce qu'ils aimeraient posséder. Légitimes ou illégitimes, accumulés ou non, source d'envie ou d'injustice, occasion ou non de conflits socio-économiques, voire de guerres, les biens matériels sont-ils réellement les vrais biens ? Alors, quel type de possession Dieu nous propose-t-il ? -o- Alors, quel type de possession Dieu nous propose-t-il ? Ici encore, il faut apprendre à bien distinguer le droit du fait. Comme enfants de Dieu, comme héritiers, comme cohéritiers de Christ (Romains 8/17), « tout est à nous », tout ce qui est dans le monde, notre terre et dans l'univers céleste, tout ce qui est à Dieu, au Père, au Fils et au Saint-Esprit, nous appartient aussi, par droit familial, par droit de citoyenneté céleste, par droit de participation à la nature divine. Notre droit s'élève à ce niveau de valeur inestimable. Pierre dit : « Comme sa divine puissance nous a donné tout ce qui contribue à la vie et à la piété, au moyen de la connaissance de celui qui nous a appelés par sa propre gloire et par sa vertu, lesquelles nous assurent de sa part les plus grandes et les plus précieuses promesses, afin que par elles vous deveniez participants de la nature divine » (2 Pierre 1/3-4). En droit pur, Dieu peut tout nous donner. Il peut nous donner la richesse matérielle, si besoin est, s'il le juge utile. Mais il veut surtout nous donner beaucoup mieux, beaucoup plus adéquatement, ce qui servira plus sûrement à notre bien éternel et au bonheur éternel d'autrui. Quels sont ces biens ? Des biens moraux et spirituels : Possession du Salut Le bien suprême pour chaque être, c'est la vie éternelle : le Salut. « Car Dieu ne nous a pas destinés à la colère, mais à la possession du Salut par notre Seigneur Jésus-Christ, qui est mort pour nous afin que, soit que nous veillions, soit que nous dormions, nous vivions ensemble avec lui » (1 Thessaloniciens 5/9-10). En somme, par intelligence spirituelle, ce que nous devrions demander, c'est ce que Dieu ne peut pas nous refuser. Ce qu'il est prêt depuis toujours à nous accorder, ce qu'il tient en réserve pour nous. Dans les cieux, dès maintenant, la table du festin des choses spirituelles est toujours dressée, nous pouvons nous y servir à volonté, en attendant le banquet des noces de l'Agneau. Jésus nous y invite, comme il invitait ses disciples : « C'est pourquoi je dispose du royaume en votre faveur, comme mon Père en a disposé en ma faveur, afin que vous mangiez et buviez à ma table dans mon royaume et que vous soyez assis sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël » (Luc 22/29-30). Possession de Pouvoirs Pouvoir de raisonner avec sagesse de tout. Pouvoir de juger Les rachetés jugeront les anges et les rebelles en tant que sacrificateurs de Dieu. - Les anges : « Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? Et nous ne jugerions pas à plus forte raison les choses de cette vie ? » (1 Corinthiens 6/3). - Les rebelles : « ...qui a fait de nous un royaume, des sacrificateurs, pour Dieu son Père... » (Apocalypse 1/6). « Heureux et saints ceux qui ont part à la première résurrection ! La mort n'a point de pouvoir sur eux ; mais ils seront sacrificateurs de Dieu et de Christ et ils régneront avec lui pendant mille ans... Et je vis les morts, les grands et les petits, qui se tenaient devant le trône. Des livres furent ouverts. Et un autre livre fut ouvert, celui qui est le livre de vie. Et les morts furent jugés selon leurs œuvres, d'après ce qui était écrit dans ces livres » (Apocalypse 20/6 & 12). Pouvoir de raisonner avec sagesse de tout. « L'homme spirituel... juge de tout et il n'est lui-même jugé par personne » (1 Corinthiens 2/15). — « ...Depuis le jour où nous en avons été informé, nous ne cessons de prier Dieu pour vous et de demander que vous soyez remplis de la connaissance de sa volonté en toute sagesse et intelligence spirituelle » (Colossiens 1/9). — « ...Soyez transformés par le renouvellement de l'intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait » (Romains 12/2). « Comprends ce que je dis, car le Seigneur te donnera de l'intelligence en toutes choses » (2 Timothée 2/7). Le Saint-Esprit Ce que Dieu a promis, ce que Dieu veut essentiellement nous donner, c'est le Saint-Esprit. Père et Fils ont clairement manifesté cette volonté de don. « Je mettrai mon Esprit en vous... » (Ezéchiel 36/27). — « Et moi, je prierai le Père et il vous donnera un autre consolateur, afin qu'il demeure éternellement avec vous, l'Esprit de vérité... » (Jean 14/16-17). Jean précise que « ...l'Esprit est la vérité » (1 Jean 5/6, fin du verset). Nous avons donc le pouvoir de connaître et de vivre dans la vérité. Or, Jésus se définit lui-même comme « le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14/6). Comme l'apôtre Paul et l'apôtre Pierre, Jean fait la synthèse entre l'intelligence, la connaissance, la vérité et la vie, vie éternelle qui commence ici-bas, parce que vie spirituelle alimentée, développée par le Saint-Esprit. « Nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu et qu'il nous a fait connaître le Véritable et nous sommes dans le Véritable, en son Fils Jésus-Christ. C'est lui qui est le Dieu véritable et la vie éternelle » (1 Jean 5/20). « Tout est à vous » : est-ce une expression isolée dans l'Ecriture Sainte ? Est-ce dit autrement ailleurs, mais avec les même points ? « Vous avez tout pleinement en Christ », dit Paul aux Colossiens (2/10). « Je puis tout par celui qui me fortifie », a-t-il confié aux Philipiens (4/13). Equivalence Etre et Avoir En Dieu, être et avoir semblent présenter une sorte d'équivalence fonctionnelle, vitale, universelle. Pour nous, il devrait en être un peu ainsi. - Etre sauvé, c'est avoir la vie éternelle. - Avoir la vie éternelle, c'est être sauvé. Si cette équivalence est de nature en Dieu, comment peut-elle se réaliser en nous aussi ? Comment s'effectuerait ce passage entre Avoir et Etre et/ou entre Etre et Avoir dans l'autre sens ? Existe-t-il des textes qui nous indiquent ce passage d'établissement ou de manifestation d'équivalence ? « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et qui croit à celui qui m'a envoyé a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie » (il y passe spirituellement à la conversion avant d'y passer complètement à la résurrection) (Jean 5/24). La définition biblique de la foi du chapitre 11 de l'épître aux Hébreux, établit la même sorte d'équivalence entre le réel visible et la réalité invisible. L'équivalence s'établit par la foi Etre et Avoir s'harmonisent, se fondent, se complètent, se fusionnent, se valident, se valorisent par Croire. Posséder de grands biens matériels quelle responsabilité, quelle charge, quel danger ! On connaît l'issue de la rencontre du jeune homme riche avec Jésus. Avoir, seul, est risqué. Posséder des richesses infinies, spirituelles, venant de la grâce divine, quelle responsabilité ! Etre seulement en vie ici-bas, n'est pas sans danger non plus. A quelque niveau quantitatif ou qualitatif que ce soit, spirituellement pensés et posés, les verbes Etre et Avoir, dans leur fusion d'équivalence, ne peuvent se concevoir sans le verbe Croire. Il en est ainsi parce que, dans le vécu mystique, saint et sain, les verbes n'expriment plus les simples concepts d'action et/ou d'état, mais véhiculent une réalité intérieure fortifiante, joyeuse, paisible, qui provoque une évolution et une élévation personnelles, dont la source est en Dieu seulement. Croire permet à Avoir de signifier aussi Etre, Croire permet à Etre de signifier aussi Avoir. Si ce qui est à Dieu peut être à nous, nous le possédons, si et seulement si c'est par Dieu, en Dieu et pour Dieu. Comment ? Par acceptation de son influence, par abandon à lui, par confiance totale en lui, par la foi, par amour en réponse à son amour. Ainsi, celui qui a le Christ est à Christ et n'est pas seulement en Christ. Alors, on comprend mieux, on accepte mieux : l'expérience de l'apôtre Paul, avec ses joies et ses peines, quand il dit : - « Christ est ma vie » (Philippiens 1/21). - « Si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi » (Galates 2/20). La signification, l'importance et l'incommensurabilité de l'engagement avec Dieu que Paul précise bien en conclusion de ce passage, dans le verset final : - « Tout est à vous et vous êtes à Christ et Christ est à Dieu » (1 Corinthiens 3/23). Impossible d'en dire plus, impossible de le dire mieux ! Autres textes de la même catégorie
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