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1 Corinthiens 15 v 12-20 (Jean-Paul PERRET)
Texte : 1 Corinthiens 15/12-20
Genre : Prédication Auteur : Jean-Paul PERRET Source : Méditations radiodiffusées. FPF, 10.02.1980. Le monde est plein de chrétiens qui le sont par respect pour leur grand-mère, de "croyants" qui ont aussi mal entendu la prédication de l'Evangile que les Corinthiens il y a 2000 ans. Des foules de chrétiens sociologiques consentent, une ou deux fois par an, à pratiquer quelque rite religieux — si cela ne fait pas de bien, cela ne fait pas de mal —, demandent le baptême de leurs enfants, au cas où... (toutes les raisons, sauf les bonnes !), les envoient ensuite au catéchisme pour que le pasteur ou le curé leur fassent un peu de morale, afin qu'ils soient plus sages, plus obéissants, plus respectueux de leurs parents. Lesquels, pour la plupart, se gardent bien de s'impliquer dans cette catéchèse, de les accompagner dans la recherche du vrai sens de la vie, dans la découverte du Christ vivant, ressuscité. "Mon petit garçon me pose des tas de questions sur la mort, m'a dit cette mère. Je ne sais que lui répondre. Alors, expliquez-lui bien ce qui se passe après, et qu'il ne m'embête plus avec ses questions !". Chaque fois qu'un enfant pose une question de fond, on lui dit : tu demanderas ça au curé ou au pasteur ; moi, je ne sais pas ! Moi, je ne sais pas... Faites une enquête dans la rue, avec un magnétophone, en posant cette simple question : l'Evangile, pour vous, qu'est-ce que c'est ? Vous récolterez une moisson de réponses dont la moitié, sans doute, révéleront cette totale ignorance. Dans l'autre moitié, vous trouverez, pêle-mêle, la Comtesse de Ségur, l'obligation de faire ses Pâques, une liste interminable de choses défendues — même si tout le monde les fait —, une invraisemblable salade entre les saints du calendrier, le Vendredi maigre, le diable, le bon dieu, la bonne mère, le petit Jésus — que l'on préfère au grand, parce qu'il est plus facile à manipuler —, la fête de Noël qui est la grande fête chrétienne parce qu'elle est adoptée par tout le monde, et puis, bien sûr, tout ce qui entoure la mort, ce grand mystère déchirant, avec ses diaboliques inconnus, qu'il faut essayer de conjurer à l'aide de tous les rites religieux possibles. Peut-être bien que la plupart des religions se sont forgées, élaborées, construites, autour de la mort. En somme, l'Evangile serait immédiatement perçu comme un règlement, un rappel que notre vie a une fin, et qu'après cette vie, devant le grand Expert-Comptable, un impitoyable bilan nous expédiera soit au ciel soit en enfer. — Quelle bonne nouvelle, en vérité ! (bonne nouvelle étant la traduction exacte du mot grec : Evangile). Je me demande combien de réponses à l'enquête exprimeraient la vérité : l'Evangile, la Bonne Nouvelle, et il n'y en a pas d'autre, c'est que Jésus de Nazareth est ressuscité des morts, lui, le premier. Alors, tout est changé, tout peut changer, dans ma vie, dans celle des autres, dans l'histoire chaotique que nous vivons. Cette réponse ne serait pas fréquente parce qu'elle n'est pas raisonnable. On ne raisonne pas avec la résurrection comme on le fait avec des réalités naturelles, même peu évidentes. Voilà pourquoi les Corinthiens auxquels s'adresse 1'apôtre Paul, même gagnés au christianisme, c'est-à-dire attirés par la personne historique du Christ, frappés par son enseignement, sa manière d'être, son amour pour les humbles, les méprisés, par les guérisons extraordinaires qu'il opérait, devant l'affirmation de la résurrection disaient : « Non, pas ça ! Pas possible. Inconcevable. Gardons le souvenir de Jésus, essayons de vivre son message pendant les quelques années de notre vie. De toute façon, après, il n'y a plus rien. La résurrection ? A qui fera-t-on croire une chose pareille ? ». Qui est le croyant, l'apôtre, le missionnaire, avec lequel discutent ici les chrétiens de Corinthe ? Un homme qui a fait une expérience foudroyante. Juif de pure race, fanatiquement opposé à toute déviation de la bonne doctrine, pris de colère devant la naissance et la prolifération de la secte des partisans de Jésus de Nazareth qui avait osé prétendre être le Christ, le Messie, sûr de servir le vrai Dieu de cette manière, le pharisien Saul de Tarse (c'était son ancien nom) avait pris la tête d'une effroyable inquisition contre les chrétiens. Ceux-ci, peut-être, priaient pour lui, mais nombre d'entre eux, sans doute, souhaitaient sa mort. Cet homme était l'incarnation diabolique de la pire injustice qui soit : la prison, la torture, la mort pour délit d'opinion. C'est donc un inquisiteur, escorté de soldats, muni de mandats d'arrêts, qui se rendit un jour de Jérusalem à Damas pour y appréhender les chrétiens qui avaient fui Jérusalem. C'est un tout autre homme qui parvint à destination (relisez le chapitre 9 des Actes), blessé, aveugle, à peu près inconscient. En route, saisi d'une étrange hallucination, il tomba de cheval [Note de P.M. : encore cette idée reçue, mais où est le cheval dans le récit des Actes ? !…], et s'entendit clairement interpeller : "Pourquoi me fais-tu tant de mal ?" — "Qui me parle ?" demanda-t-il. "Je suis Jésus que tu persécutes..." — C'est un homme profondément troublé, traumatisé, qui arrive à Damas, et qui reste pendant trois jours dans une sorte de coma, et c'est un de ces chrétiens qu'il venait arrêter qui le trouvera, le soignera, le relèvera et lui fera comprendre qu'il vient de rencontrer, mystérieusement, le Ressuscité en personne (un peu comme on "rencontre", en voiture, un arbre qui traversait la route...). Baptisé aussitôt, l'inquisiteur est mort, l'apôtre est né, qui n'aura rien de plus pressé que d'aller annoncer partout la bonne nouvelle qui l'a bouleversé. Ce n'est pas l'immortalité de l'âme que Paul s'en va prêcher, c'est la résurrection de Jésus de Nazareth dont il est, à son tour, l'un des témoins. Jésus-Christ est une personne vivante, même invisible pour les yeux, et non l'objet d'une doctrine qui aurait atteint un certain degré de cohérence dans un esprit particulièrement religieux. La foi de cet homme n'est pas le fruit d'une élaboration intellectuelle, mais celui d'une expérience vécue, que bien d'autres que lui ont faite, même si ce n'est pas de la même manière. "Je ne pense pas, écrit Roger GARAUDY — et c'est surprenant sous la plume d'un philosophe marxiste —, je ne pense pas que la résurrection de Jésus ait un intérêt comme fait biologique. Ce qui m'intéresse, ce n'est pas l'événement qui a pu se produire (c'est affaire d'historien), mais c'est le sens de cet événement : comment, d'une poignée de gens apeurés et désespérés, a pu naître une immense espérance qui a commencé à transformer le monde. S'il y a eu résurrection, ajoute-t-il, ce n'est plus un fait historique, c'est une réalité présente" (fin de citation). Je ne l'aurais pas si bien dit. Là où tant de gens conçoivent la résurrection comme une douce parabole du printemps, un juste retour des choses à la vie après l'hiver, un envol certain de l'âme vers le ciel après le dernier soupir, l'Evangile apporte la nouvelle de la résurrection comme d'un bouleversement inattendu, désécurisant, j'ose dire, effrayant, affolant. Une nouvelle qui pourrait bien être une mauvaise nouvelle pour ceux qui avaient cru en avoir fini avec Jésus de Nazareth, pour l'ordre établi si rassurant, même lorsqu'il assassine légalement. Mauvaise nouvelle pour les fabricants de désespoir, les philosophes de l'héroïsme, les prêtres de la puissance qui écrase, de la violence qui triomphe en ce moment, plus vite que les primevères. — Si Jésus, le crucifié, l'écrasé, l'éliminé est vivant, alors tout ce que nous imaginons pour nous rassurer, pour sur-compenser nos défaites, tout ce que notre raison cherche comme raisons de vivre, cesse d'avoir la moindre consistance, le moindre avenir. C'est l'affolement si l'affirmation, la certitude de la résurrection cesse d'être du langage d'Eglise ou de cimetière pour devenir une réalité existentielle, vécue quotidiennement, s'il ne s'agit pas tant de mourir dans la foi (ce qui est à la portée de beaucoup de gens) que de vivre dans la foi (ce qui est une autre histoire, c'est le cas de le dire !). Si Jésus-Christ est ressuscité, c'est pour me re-donner tout ce que le passé, cette mort lente, m'arrache par petits morceaux. S'il est re-suscité, c'est qu'il nous est donné, suscité une seconde fois ; c'est qu'il est là, Parole vivante qui m'interpelle et me demande : es-tu en train de vivre ou de mourir ? Allons ! Tu peux re-commencer, re-faire ta vie, te re-tourner, te re-mettre debout, re-prendre les relations rompues, re-voir le déjà vu autrement, et tous les verbes en "re-" que vous trouverez, qu'évoque le mot ré-surrection. — S'il est ressuscité, je risque de le rencontrer. Et le rencontrer, c'est aborder le plus grand virage de sa vie. Un virage sans visibilité, c'est toujours désécurisant. L'apôtre Paul en a su quelque chose. Et cela n'avait rien à voir avec des fleurs écloses... Oui, c'est affolant. Mais comme c'est libérant ! Un ressuscité, c'est un être libre, libre de passer au travers des obstacles, des cloisons, des murailles qui enferment, des frontières qui séparent, des barrières qui partagent les vivants en classes, en castes, en races. C'est pour moi, pour toi qu'il est ressuscité, pour que nous le soyons aussi, dès maintenant, pour que nous puissions, comme lui, transgresser les frontières, dépasser la haine, pardonner n'importe quoi, aimer n'importe qui et partager avec lui. – Ressusciter, c'est transgresser, aller au-delà, outre-tombe, cette tombe où s'arrêtent nos projets. Un plaisantin avait rédigé, sur la porte d'un cimetière, cette inscription qu'il croyait drôle : "Défense de ressusciter !". Eh oui ! Sinon, tout est remis en question, les convenances sont écartées, la peur n'existe plus, les mots de sacré et de profane n'ont plus de sens, toutes les situations sont réversibles (encore un verbe en "re-"). Non, l'Eglise n'est pas un défilé de gens aux mines graves qui reviennent éternellement de l'enterrement de leur Seigneur. Non, le Seigneur n'est pas au cimetière ; il est dans notre vie, dans les situations concrètes de notre existence. Il ne réserve pas son apparition à l'extase solitaire, à la haute contemplation des saints ; il se révèle dans une relation particulière avec les autres, dans l'humble prière du pécheur pardonné qui confie ses soucis à son Seigneur. Il écoute l'intercession de ceux qui prient pour tous les êtres qui pataugent dans une existence difficile ; il est avec tous ceux qui combattent sans violence, pour la justice et pour la dignité de tous les hommes. Si ce n'est pas vrai, je suis à mon tour un faux témoin, comme des milliers de gens à travers l'histoire, depuis l'événement de l'an 30. Cela fait beaucoup de faux témoins ! Et Dieu peut se préparer à instruire un procès monstre afin de châtier d’importance cette nuée de menteurs. — Curieux menteurs, en vérité, qui, au nom de leur certitude intime de la résurrection de Christ, luttent pour que tombent des chaînes, s'effacent des peurs, sèchent des larmes, triomphe la vérité, pour que la paix remplace la haine... La foi au Christ ressuscité n'est pas une célébration rituelle en vase clos pour initiés, mais le risque couru par ceux qui, habités par une certitude démente pour le monde, à cause d'une ahurissante rencontre, tentent de franchir, avec Celui qui leur est devenu intérieur, tous les murs du fatalisme, du destin, du "statu quo", de vaincre toutes les résistances qu'opposent à la Bonne Nouvelle les pierres tombales les plus lourdes et tous ceux qui les fabriquent. Le faux témoignage, c'est de ne pas le dire ! Si rien de tout cela n'est possible, ne se produit jamais, à quoi bon prendre la vie au sérieux ? On n'en sort pas vivant... Nous sommes tous perdus, tous condamnés. Ceux qui sont morts dans la foi sont perdus, eux aussi. Moi, je n'ai rien à dire ici, et vous, vous n'avez rien à croire. Si, dans cette vie, nous n'avons pu qu'espérer en Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes. Mais Jésus-Christ est ressuscité. Mais l'impossible a éclaté. L'avenir est ouvert. La vie est devant nous ! Autres textes de la même catégorie
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