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1 Corinthiens 15 v 12-20 (Jean-Daniel Wohlfahrt)



Nous poursuivons la réflexion sur le chapitre 15 de la première aux Corinthiens. Chapi-tre fondamental pour connaître l'enseignement de l'apôtre sur –sujet sensible s'il en est- la mort et la résurrection. Celui qui chercherait l'enseignement de Christ lui-même sur ces deux points de ce qui est devenu la doctrine chrétienne risque d'être déçu s'il cher-che dans les Evangiles. Heureux celui qui saura se contenter du dialogue avec Marthe et Marie avant le rappel à la vie de Lazare. Souvenez-vous qu'aux disciples, il disait alors: Lazare n'est pas mort, il dort, et à Marthe il fit cette réponse sibylline (Jean 11/15): "Je suis la résurrection et la vie: celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais".
Jésus affirme donc de façon définitive, par ses paroles et par ses gestes, -souvenez-vous par exemple de la fille de Jaïrus, du fils du centenier romain, du fils de la veuve- Jésus affirme donc par ses paroles et par le geste que Dieu est plus fort que la mort. Mort qui reste certes inscrite dans le cours de notre histoire personnelle mais avec un éclairage nouveau: si jusqu'au Christ, la mort ne pouvait être considérée que comme une limite, comme une fin, un aller vers le néant, nous savons maintenant qu'elle est un aller vers Dieu. C'est ce que Jésus affirme lorsqu'il dit que quiconque croit en lui ne mourra jamais. Autre façon de dire qu'au-delà de cette mort que nous connaîtrons tous, -l'homme à beau être à l'image de Dieu, il n'en a pas l'éternité- au-delà de cette mort que nous connaîtrons tous donc, c'est la pleine communion avec Dieu qui nous est promise. Souvenons-nous de la promesse du Christ: je vais vous préparer une place.
Croire en Dieu créateur c'est affirmer que rien, même pas la mort, ne saurait limiter le pouvoir créateur de Dieu. Croire au Christ libérateur, c'est accepter que son sacrifice sur la croix à valeur de rachat pour chacune, pour chacun et ce pour tous les temps et en tous les lieux.
L'un des problèmes de l'homme moderne confronté à la double question mort-résurrection est comme ce fut le cas déjà pour le Corinthiens de jadis moins la résurrec-tion du Christ que son propre devenir. La nature disait Pascal a horreur du vide. Pas seulement la nature, l'homme aussi a horreur du vide et cherche, quitte à s'en créer, des réponses à ses angoisses. Le problème, c'est notre peur du néant. L'idée de la mort, même en tant que période de repos dans la paix de Dieu nous est, quoiqu'on en dise, pour le moins désagréable. L'homme cherche donc à se rassurer, à effacer ses craintes quitte à accepter des compromis avec la parole de Dieu.
La philosophie grecque, je l'ai souligné dimanche dernier, n'aime pas l'idée de la résur-rection. Si les chrétiens grecs acceptent celle du Christ –la mythologie dont ils sont nourris expose des thèses bien plus osées- si donc les chrétiens grecs acceptent la ré-surrection du Christ quand ils le reconnaissent pour Fils de Dieu, pour vrai Dieu de vrai Dieu comme dit la Confession de Nicée Constantinople; ils rechignent à l'idée de la ré-surrection de l'homme et de la femme ….comme vous et moi. Réponse de Paul: "Si l'on proclame que Christ est ressuscité des morts, comment certains d'entre vous disent-ils qu'il n'y a pas de résurrection des morts? S'il n'y a pas de résurrection des morts, Christ non plus n'est pas ressuscité".
Paul ne fait pas le détail. C'est tout ou rien C'est ce que signifie aussi la notion de pré-mices sur laquelle s'arrête notre péricope, elle désignent un début annonciateur d'une plénitude; c'est Entweder, oder, c'est: ou Christ est ressuscité et nous ressusciterons tous; ou nous ne ressusciterons pas car Christ n'est pas ressuscité, "S'il n'y a pas de résurrection des morts, Christ non plus n'est pas ressuscité".
Croire en la résurrection exige un préalable: accepter la réalité de la mort. L'homme moderne fait tout pourtant pour évacuer cette idée. Il se plait à parler d'une présence différente, il mélange les philosophies et les enseignements, le livre des morts égyp-tiens, tibétain, les croyances des indiens d'Amérique. Jusqu'à Elisabeth Kübler Ross qui avait jadis magistralement convaincu le monde de l'importance fondamentale de l'ac-compagnement des mourants et du parler vrai, elle a épousé les théories ésotériques des Indiens d'Amérique. L'homme moderne accordera un crédit sans limites à Moody et ses thèses concernant les NDE, expériences proches de la mort –vous savez, le tunnel de lumière, le double du corps qui plane au-dessus de la table d'opération etc. Attention je ne nie pas la possibilité de telles expériences, je réfute l'explication qui en est don-née. Mais passons…
La philosophie grecque qui a presque tout prévu, avait déjà fourbi ses armes pour ou plutôt contre l'idée de résurrection. Elle avançait une théorie qui est bien loin de dé-plaire aujourd'hui, car elle supprime l'idée de la "mort-qui-est-un-aller-vers-le-néant" que j'évoquais tantôt: celle de l'immortalité de l'âme. L'idée donc d'une âme préexistante qui, ayant été donnée, ajoutée au corps, s'en échappe. Quand l'âme est-elle donnée et à quel moment s'en échappe-t-elle? Ce sont les variables peu importantes de la théorie. Immortalité de l'âme. Nous retrouvons cet enseignement sous diverses formes dans les religions du monde: c'est par exemple la base de la métempsycose en Inde, le culte des ancêtres dans les religions africaines ou asiatiques, c'est la base de l'âme qui re-prend forme humaine pour réparer ou améliorer ce qu'elle avait laissé faire en une vie antérieure, c'est le Dalaï Lama qui revient dans un enfant aux possibilités de perception extraordinaire etc. Idées dont l'occidental moyen s'est longtemps gaussé mais dont il se moque de moins en moins parce qu'il est de plus en plus de bon ton d'y accorder crédit.
Oscar Cullmann s'est senti obligé, il y a quelques années de faire paraître une étude sous le titre Immortalité de l'âme ou Résurrection des morts, c'est qu'il y avait, et il y a encore, quelque part un problème..
Immortalité de l'âme OU résurrection des morts. Il y a incompatibilité. Il y a totale in-compatibilité. Il y a opposition, il y a antinomie. En jetant un coup d'œil sur la feuille de culte, vous me direz peut-être que nous venons de confesser: "j’appartiens corps et âme à Jésus-Christ" L'église n'a pas toujours su échapper à l'ambigu du langage. Là où, aujourd'hui, nous lisons une distinction permettant la séparation entre deux compo-sants de l'humaine nature, là le catéchisme de Heidelberg d'où ces mots sont tirés ne voit qu'insistance sur une appartenance totale et sans compromis. Méprisé par les ca-thares et autres albigeois, le corps y gagne ses lettres de noblesses, l'âme exaltée en-tre autres par les mêmes cathares y est 'réduite' à une partie d'un tout inséparable même au moment de la mort. Durant sa vie l'homme est corps et âme, à sa mort, l'homme reste corps et âme. La résurrection ne peut être comprise autrement que comme nouvel acte créateur de Dieu.
On peut le dire sous toutes les formes mais il ne faut pas arrêter de la dire. La mort est passage mais elle est d'abord une fin. Si elle est fin de vie, fin de projets, fin de toute il-lusion, elle n'est pas fin de l'amour de Dieu qui a dit: je t'ai racheté, tu es à moi. Tu es à moi, ce n'est pas l'expression d'une possession égoïste et crispée, un peu comme celle de l'enfant qui se cramponne à son jouet pour que son frère ne le lui prenne pas. C'est l'expression de la protection dont Dieu nous assure contre ce néant justement qui nous angoisse tant.
La mort est. Tout discours lénifiant à ce sujet confine au blasphème car il empêche de mesurer la juste valeur de la mort du Christ. Dans la nuit de Gethsémanée s'élève la prière du Christ: Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté se réalise. Comment mieux exprimer l'angoisse absolue? Si Jésus avait cru en l'immortalité de l'âme et partant en la libération d'une enveloppe charnelle qui nous tient dans l'éloignement de Dieu, il se serait réjoui de cette mort dans laquelle il allait trouver enfin son ultime accomplissement.
Si la mort doit être l'ultime accomplissement, alors nous pouvons sans autre embrasser une philosophie hédoniste, profiter du moment, jouir de l'instant qui passe mais s'il y a résurrection, alors il y a aussi promesse de la gloire de Dieu, il y a espérance qui, seule, peut nous donner l'envie de, et l'énergie pour faire changer les choses.
Si nous avons mis notre espérance en Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. Amen Jean Daniel Wohlfahrt



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