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1 Corinthiens 13 v 1-13 (David Mitrani)
Texte : 1 Corinthiens 13/1-13
Genre : Prédication Auteur : David MITRANI Source : Prédication pour le 22.02.1998 (culte missionnaire) à Jarnac (16). Ah, chers amis, quand on parle de Mission, dans nos milieux réformés, on pense argent, tout de suite, et uniquement sous ! Aux oubliettes, la nécessité de l'évangélisation, la conviction qu'une bonne nouvelle, par définition, n'existe que pour être transmise au plus grand nombre. Pourtant, il ne faut pas faire d'angélisme : à cette annonce en sont nécessairement liés les moyens et, depuis qu'il y a des sociétés humaines, qui dit moyens dit argent… Auriez-vous cru que l'apôtre allait nous exhorter, à travers les siècles, sur la nécessité d'évangéliser ? Il aurait pu le faire… Mais alors, auriez-vous bien pu faire le lien avec ce dont nous avons choisi de parler aujourd'hui, à savoir les activités missionnaires de notre Eglise ? C'est que, dans notre histoire à nous, dans l'histoire de la Mission protestante contemporaine, il y a un gros "hic", dont nous avons beaucoup de peine à nous remettre, mais vraiment beaucoup : elle a marché ! Et pire que ça, mes amis : elle continue de marcher ! C'est vraiment une catastrophe, tous nos schémas s'écroulent : il y a des gens qui, en entendant l'Evangile annoncé par nos pères ou nos frères, se convertissent. Ils y croient… Et c'est ainsi que la Mission de Paris depuis 1822 a suscité des Eglises nouvelles, au Lessouto, en Afrique francophone, à Madagascar, en Mélanésie, en Polynésie, pendant que d'autres organismes, français ou étrangers, œuvraient ailleurs à la même chose. Aujourd'hui, ce sont les Indiens d'Amérique latine, qui découvrent un Evangile inattendu dans la bouche de ceux que les media nomment des sectes, là-bas. Aujourd'hui, la Corée du Sud est quasiment le premier pays calviniste du monde ! Eh oui, elle a marché, la Mission ! Oh, elle n'est pas finie, elle durera tant que durera l'Eglise, elle durera tant que durera le monde, tant que les adultes auront des enfants qui, comme toujours depuis que le monde est monde, ne voudront pas les croire, ne voudront pas les suivre… Alors voilà. A côté de ce qui reste à faire de Mission proprement dite, nous sommes bien embêtés : nous avons des partenaires, nous ne sommes plus seuls ! Il n'y a plus d'un côté nous, chrétiens, ici, et puis eux, païens, là-bas, et chez eux ceux, quelques illuminés, que nous leur envoyions. Non : il y a, ici et là-bas, des chrétiens qui ont histoire liée, mais il y a aussi, à côté, là-bas et ici, des païens, auprès de qui ils doivent témoigner là-bas, et nous devons témoigner ici. Quel chambardement ! Plus rien n'est-il donc à sa place ? Si : la question des sous ! Et c'est Paul qui a commencé, vous l'avez entendu !… Et c'est bien à propos des relations entre les Eglises d'Europe et celles du Tiers-Monde, entre celles de Grèce et celle de Jérusalem, victime de la famine. En fait, Paul n'avait pas commencé par ça. D'abord, il y avait eu ceci, et c'est ce texte que Gérard et moi, nous proposons plutôt à votre méditation et à votre souvenir : Lecture : 1 Corinthiens 13 C'est plutôt pour un mariage, qu'on lit d'habitude ce texte ! Mais il est sans doute bien plus à sa place aujourd'hui. C'est de l'Eglise que Paul parlait dans tout ce passage de son épître. L'Eglise : eux là-bas et nous ici. L'Eglise : vous et moi et aussi quelques-uns qui ne sont pas si assidus au culte… L'Eglise : nous tous à quinze kilomètres les uns des autres, avec aussi quelques voisins qui sont comme nous et quelques voisins qui nous sont plus dissemblables… L'Eglise ? L'amour… Premier point : il est étranger à toutes nos stratégies ; il est en plus, mais lui seul donne sens. Quand nous aurions la plus grosse cible missionnaire de toute l'ERF, quand nous aurions le plus joli, le plus efficace DEFAP du monde, s'il n'y a pas l'amour, c'est du vide, du bruit pour rien, du vent. Quand nous soutiendrions les meilleurs projets de développement, quand nous nous épuiserions à cette œuvre, s'il n'y a pas l'amour, alors il n'y a rien. De même, quand nous aurions les plus jolis temples avec les plus solides planchers, quand nous ferions ensemble un Cognaçais qu'on nous envierait jusqu'à l'Oural, s'il n'y a pas l'amour, ça ne sert à rien. Alors, qu'est-ce donc, cet amour, si ce n'est pas le nom de nos meilleures idées, de nos plus belles réalisations, des plus saintes de nos existences chrétiennes et des plus dévoués de nos sentiments ? Second point : eh bien, c'est le contraire de tout ce qui nous vient naturellement au cœur ! L'amour, c'est tout ce que le vieil homme en moi n'est pas. L'amour, c'est ce dont je ne suis pas capable, et qui me fait "regarder les autres comme étant au-dessus de [moi-]même", comme le même apôtre l'écrivait ailleurs. L'amour, troisième point, c'est de se connaître. Paul utilise une image que je voudrais souligner ici, celle du miroir au travers duquel nous regardons l'autre aujourd'hui. Ce miroir, qui n'existera pas toujours, qui un jour ne nous sera plus nécessaire, il a deux caractéristiques. La première, qui est aussi celle de nos miroirs actuels, c'est qu'il nous renvoie essentiellement notre propre image ! N'est-ce pas très vrai ? Quand nous considérons l'autre, les autres, proches ou lointains, nos frères et sœurs, c'est d'abord nous que nous contemplons. Nous recherchons d'abord dans l'autre ce qui est nous, ce qui résonne en nous. C'est vrai déjà dans le couple, dans la famille, c'est vrai dans la paroisse, c'est vrai partout. Quand l'autre est différent, ça nous agace au plus haut point : pourquoi fait-il donc exprès de n'être pas comme moi ? !… Peut-être aurez-vous été agacés par certains des textes liturgiques de ce culte… Peut-être sommes-nous agacés parfois les uns par les autres dans cet improbable Cognaçais qui nous réunit comme frères et sœurs en une même et très proche parenté. Peut-être encore sommes-nous agacés lorsque nous fréquentons ces autres affidés du même Seigneur qui se nomment catholiques, pentecôtistes, évangéliques ou de bien d'autres noms. Pourquoi alors ne serions-nous pas agacés par le rappel lancinant que nous sommes frères et sœurs de la plupart des Kanaks et de la plupart des Caldoches, frères et sœurs de beaucoup de pauvres Africains et de beaucoup de riches Africains, frères et sœurs de tant de démocrates et de quelques-uns des dictateurs qui les emprisonnent ?… L'amour est agaçant, parce qu'il nous montre le miroir que nous utilisons, et il nous en montre le défaut : c'est que c'est un miroir, c'est que nous préférons nous aimer nous-mêmes… Le miroir dont parle l'apôtre avait une autre caractéristique, que les nôtres, en tout cas ceux de nos salles de bains ou de séjour, ont perdue : c'est qu'on n'y voyait pas trop grand-chose ! Pour tout ce qui est de connaître l'autre, et peut-être bien de se connaître soi-même, du coup, nous sommes dans le brouillard. L'amour se décline alors de deux manières, il se conjugue selon deux temps, mais un seul mode : l'indicatif. L'amour se conjugue au présent : il consiste à tâcher de dissiper un peu le brouillard avec les moyens du bord. De bonnes lunettes, plutôt les codes que les veilleuses ou les phares, à petite vitesse mais sans zigzaguer, sans marche arrière et sans demi-tours, plutôt en groupe que seul, ce qu'il faut de résolution pour y aller quand même, etc… Aujourd'hui, que ce soit entre nous ou bien avec ces autres qui sont aussi "nous" quand "nous" c'est l'Eglise de Jésus-Christ, à n'en pas douter, l'amour vaut le coup ! D'autant qu'il se conjugue aussi au futur, et que ce n'est pas une raison pour attendre, mais au contraire pour y aller avec confiance ! "Alors je connaîtrai", déclare l'apôtre. La certitude de la victoire de l'amour, qui nous fera éprouver ce que bien souvent il nous faut nous contenter de savoir : que mon frère ou ma sœur n'est pas pour moi un danger, mais une chance, non pas par la nature, mais à cause de Jésus-Christ qui est son Seigneur et le mien. Cela seul peut changer les choses, mais ça les change radicalement ! Aussi, mes amis, lorsque vous pensez Eglise, lorsque vous pensez Cognaçais ou Consistoire, lorsque vous pensez Mission, pensez peut-être un peu finances, mais surtout ne pensez pas structures, institutions, obligations : pensez d'abord à l'amour qui vous est promis pour aujourd'hui et pour demain, pensez que vous avez non seulement un frère aîné qui est au ciel, mais aussi des frères et des sœurs qui sont ici et qui vous aiment. Amen. Autres lectures : 1 Corinthiens 15/56 à 16/4 2 Corinthiens 8/1-15 Autres textes de la même catégorie
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