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1 Corinthiens 13 (Nicolas WESTPHAL)
Texte : 1 Corinthiens 13
Genre : Prédication Auteur : Nicolas WESTPHAL Source : Prédication pour le 01.06.2003 à Sète (34). L’amour est éternel “L’amour est éternel”, l’amour est plus fort que la mort, l’amour pour toujours : que de poèmes, de chansons pour le dire, de génération en génération ! “Quand on n’a que l’amour...”, “Que m’importe, mon amour, puisque tu m’aimes”. Vous connaissez ces merveilleux refrains ! Et voici que Paul, dans sa lettre aux Corinthiens (1 Corinthiens 13/8), écrit : “L’amour ne disparaît jamais”. Paul rejoint-il ici nos rêves les plus romantiques, nos mythes les plus anciens ? Dans une certaine mesure, oui. Paul rejoint nos chansons. L’apôtre donnait des prescriptions concernant la vie en Eglise, et voilà que, peu à peu, sa parole s’élargit, le propos devient plus universel, plus lyrique. Le texte que nous avons lu ressemble à un chant. Nous sommes entrés dans un poème, une chanson sur l’amour. Le mot que Paul utilise est le mot “agapè” qui désigne en grec l’amour humain dans un sens large. Paul ne parle donc pas de l’amour dans le domaine restreint de la religion, mais de l’amour humain en général. Et lorsque le poème culmine dans cette affirmation : “L’amour ne disparaît jamais”, nous pouvons parfaitement entendre cette phrase là où chacun, chacune d’entre nous vit l’amour : dans nos histoires d’amour, dans notre quête d’amour, l’amour qui nous lie à notre famille, à un être aimé, à nos amis. Paul nous dit : l’amour que vous connaissez, l’amour qui vous concerne, cet amour-là ne disparaît jamais ! L’affirmation de Paul rejoint donc toutes ces chansons que nous connaissons souvent par cœur et qui chantent l’éternité de l’amour. De ce fait, elle rejoint aussi la réalité de nos histoires d’amour, de ce que nous vivons véritablement dans ce domaine. Et là, cette phrase prend un relief singulier. Nous le savons bien, notre expérience nous apprend le contraire de ce que nous dit Paul : chacun et chacune a pu se rendre compte que l’amour passe, que l’amour est fragile ou qu’il peut être le théâtre de grandes violences. violence Ici, un divorce ; là, des enfants qui se demandent si ils ne sont pas une erreur dans la vie de leurs parents ; un peu plus loin encore, des vieux parents seuls et sans visite de leurs enfants. Telle est la réalité de l’amour pour beaucoup de nos contemporains. destruction Certains parmi nous ont déjà vu comment une insupportable maladie (l’alcoolisme, la dépression) peut détruire une belle histoire d’amour. La distance aussi, le fait de ne pas se voir. La négligence met en péril un amour : nous apprenons vite qu’il faut entretenir l’amour, le nourrir ; sinon, il dépérit et il disparaît. “Loin des yeux, loin du cœur”. oubli Et puis l’amour s’oublie : les êtres que nous avons aimés et qui sont morts s’éloignent peu à peu dans nos souvenirs : ils laissent une belle trace dans nos cœurs, en creux, une empreinte de leur présence, mais leur visage devient plus vague dans nos souvenirs, leur voix plus difficile à entendre, alors que pour nous la vie continue sans relâche. Comment accepter d’oublier ? Que faire devant un amour qui n’a jamais été donné, ou un enfant qui ne s’intéresse plus à ses parents, ou quand notre amour s’est transformé en haine et en mépris ? Devant cette réalité-là, Paul, qui annonce l’Evangile aux Corinthiens, affirme paradoxalement : “L’amour ne disparaît jamais”. Comment entendre cette phrase de Paul ? Elle éveille en moi deux pensées. Quand l’amour est en péril, il me semble qu’un premier drame que nous vivons est de ne plus distinguer les choses : nous ne savons plus quelles sont leur juste place et leur juste mesure, comment la vie se dispose, comment elle peut continuer, ce qui est vrai, ce qui est faux, où est l’accident, où est notre propre responsabilité. On ne comprend plus rien, on est perdu. Le drame s’augmente, je crois, du fait qu’il est très difficile de parler d’un amour qui s’en va, d’un amour malheureux, ou d’un manque d’amour ; tout est tellement unique, parce que lié à une personne unique, tout est intransmissible, incomparable et secret. Qui pourrait, par exemple, exprimer fidèlement ce que représente un chagrin d’amour pour un enfant ? Voilà pourquoi les chansons d’amour sont si nombreuses et si populaires ; il n’est pas facile de trouver les mots pour parler sur ce sujet, de trouver les mots justes. Il y faut l’aide de la musique. Dans le trouble, lorsque nous ne savons plus distinguer les choses, le texte de Paul que nous avons entendu vient apporter, je crois, un peu de paix. Paul nous y donne un repère, il précise ce qu’est un vrai amour : L’amour prend patience, l’amour rend service, il ne jalouse pas, il ne plastronne pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il n’entretient pas de rancune, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais trouve sa joie dans la vérité. Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. Paul nous aide ici à discerner ce qui est central dans l’amour que nous vivons. Ainsi, ce qui est de l’ordre de la jalousie, de l’orgueil, de la comptabilité, n’est pas central. Vouloir maîtriser, compter les défauts et se souvenir des erreurs, rien de tout cela ne reste, tout cela est appelé à disparaître. Mais lorsque nous agissons par bienveillance, avec un souci de vérité, lorsque nous sommes portés à croire, à supporter, à espérer, à servir, alors nous sommes au centre, dans ce qui ne disparaît jamais. Nous prenons part à un vrai amour humain, parfois sans y penser. Paul nous dit que tout ce qui est près de ce centre-là, tout ce qui y participe, personne, même pas la séparation, même pas la mort, ne peut le prendre, ne peut le détruire, ne peut l’atteindre. Exemple : cet homme, devenu célèbre, qui raconte à la radio comment son père désapprouvait ce qu’il faisait, mais quand il fut mis en prison, pendant plusieurs années, son père venait chaque jour au café en face de la prison pour prendre si possible des nouvelles de son fils. Ce fils, au sortir de prison, ne revit que peu son père, qui mourut quelque temps plus tard. Dans cette histoire, quelque chose d’éternel, de ce qui ne disparaît jamais, s’est passé. Pour cet homme aujourd’hui âgé, cette histoire est aussi vive que si elle s’était passée hier, elle est un repère dans sa vie. Lui est célèbre aujourd’hui, mais personne ne connaît son père. Cet amour qui est éternel, reste dans le secret de son cœur. Paul nous donne donc dans ce texte un repère pour les temps de trouble, pour comprendre où se trouve le centre, l’amour humain le plus vrai. Mais en affirmant que cet amour vrai ne disparaît jamais, Paul éveille en moi une deuxième pensée : ce qu’il y a de plus vrai et d’éternel dans nos histoires d’amour, nous n’en sommes pas les ultimes gardiens. Je dis cela parce qu’un autre drame que nous pouvons rencontrer, je crois, est de poser quelque part un amour quand nous nous en retrouvons seul dépositaire, parce que l’autre est parti, ou a changé de vie, parce que l’autre est devenu inaccessible, parce que l’autre est mort. L’amour qui nous reste, où le déposer, à qui le confier ? C’est toute une partie de notre vie. On ne peut pas le jeter à la poubelle, ou faire comme si cela n’avait jamais été, on ne peut pas l’enfouir comme ce qu’on voudrait cacher. Où déposer ce qui nous est remis alors ? Paul semble nous dire que, de façon ultime, cet amour est entre les mains de Dieu. Cela signifie deux choses, à mon sens. La première est celle-ci : Ce n’est pas parce qu’un amour s’achève qu’il disparaît. Ce n’est pas parce qu’un amour a été abîmé ou gâché qu’il n’est pas éternel. La phrase de Paul suggère que ce que nous vivons de plus vrai est entre les mains de quelqu’un d’autre, qui le voit, qui s’en souvient, qui le garde, qui l’inscrit dans un livre que nous ne voyons pas encore. Et cela, quelle que soit la durée, quel que soit le succès de ce qui fut vécu. Mais il y a une deuxième chose. Il me semble entendre aussi dans la phrase de Paul que, peut-être, Dieu a voulu être le gardien ultime de l’amour humain afin de nous garder ouverts à la joie d’exister. Si grâce à Dieu l’amour ne disparaît jamais, nous pouvons persévérer de tout notre cœur et paisiblement, si le temps est à la persévérance : aller plus loin, en étant sûrs que ce qui est vrai est toujours possible et jamais perdu, qu’il peut toujours venir à nouveau, malgré la maladie, ou l’amertume, ou la solitude et le temps qui passe. Aller chercher plus loin, encore un peu plus loin, quelle qu’en soit la forme, un amour vrai. Si grâce à Dieu l’amour ne disparaît jamais, nous pouvons aussi oublier, quitter, si le temps est à l’oubli ou à la séparation, et consentir à ce qu’une histoire d’amour prenne fin, se dénoue, parce que la mémoire en est tenue ailleurs, parce que ce qui aura été vrai a été vu, a déjà été retenu dans toute sa splendeur secrète. Contrairement à ce que nous pourrions penser, nous ne sommes jamais les seuls témoins, nous ne sommes jamais les derniers gardiens d’un amour qui s’est dénoué ou qui s’éloigne. Nous pouvons consentir paisiblement à quitter, quitter les objets, les lieux, les traces de ce qui fut, parce que quitter alors n’est pas trahir ; quitter, c’est remettre à Dieu. La mémoire éternelle de Dieu nous accorde alors la douceur de l’oubli ; la douceur de l’oubli est de pouvoir se souvenir paisiblement, sans être obsédé, hanté par le passé ; l’oubli fait absolument partie de la belle place qu’un vrai amour aura pu prendre dans notre cœur. Si Dieu garde la mémoire de notre amour, il nous permet d’oublier, c’est-à-dire de trouver un rapport amical, moins tragique, avec le temps qui passe, et avec ce qui fut. Je voudrais conclure en suivant la pensée de Paul. Lorsque l’amour disparaît à nos yeux, Paul nous donne dans ce texte des repères pour retrouver le centre, ce qui est essentiel. Lorsque l’amour disparaît à nos yeux, Paul nous dit qu’il se dépose entre les mains d’un Dieu qui nous aime et qui recueille ce qui a pu avoir tant de prix pour nous, afin que nous continuions à vivre et à trouver notre joie dans la vie chaque jour. Paul conclut son chant avec une phrase toute simple qui oriente le regard vers l’avant : “Recherchez l’amour”. Lorsque nous pensons au monde, aux formidables injustices qui le défigurent, et lorsque nous sentons bien qu’il faut un changement quelque part, il se pourrait que le point de démarrage d’un tel changement se trouve dans l’amour humain tout simple que nous connaissons, entre homme et femme, parents et enfants, entre amis ; il semble que c’est de là que partent les choses du point de vue de l’Evangile. Comme le dit Paul : “Quand j’aurais la foi la plus totale, celle qui transporte les montagnes, quand je distribuerais tous mes biens aux affamés, quand je livrerais mon corps aux flammes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien, je n’y gagne rien”. Recherche l’amour, toi particulièrement qui a été blessé, toi qui a perdu un être cher, toi qui a peur de perdre quelqu’un, toi qui n’a jamais été aimé, toi qui aime et qui ne reçoit pas de réponse, même toi qui es étouffé par quelqu’un ou quelque chose, toi qui est usé, fatigué, toi qui attends ; recherche encore l’amour, l’amour humain vrai, il est à ta portée, il ne disparaît jamais, ce sera le point de démarrage de ce qui est utile pour toi, et, au-delà, pour le monde et la justice entre les humains. Voilà ce à quoi t’invite aujourd’hui l’Evangile de Jésus-Christ ! Amen. Autres textes de la même catégorie
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