Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte

1 Corinthiens 12 v 4-7 & 12-13 (Alphonse Maillot)



ATTENTION ! Ce document contient plusieurs textes…

Texte : 1 Corinthiens 12/4-7 & 12-13
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Qui a péché… ? — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année A (Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte - Trinité). Mission intérieure de l’Eglise Evangélique luthérienne, 1993 (p. 158-159 & 162).



Pentecôte

1 Corinthiens 12/4-7 & 12-13

Commencer carrément au v. 4, ou alors expliquer la grosse difficulté des v. 1-3 (dans des "crises" extatiques, certains et certaines, croyant parler en langues, déclaraient que "le Christ était maudit de Dieu" ; ils ne faisaient que reprendre en l'hypertrophiant ce que Paul dit en Galates 3/13 (où ce n'est pas le même mot) et peut-être en 2 Corinthiens 5/21, à ceci près qu'ils oublient que cette malédiction du Christ a été le tremplin de sa Seigneurie. Je pense qu'il faut comprendre : "Personne, par l'Esprit de Dieu, ne peut dire du Christ qu'il est (seulement) anathème ou maudit, mais soyez en revanche certains que lorsque quelqu'un dit : "Le Seigneur, c'est Jésus", l'Esprit est présent" ; mais on voit que ce passage difficile, qui avertit qu'il ne suffit pas de garantir qu'on parle sous l'impulsion de l'Esprit pour qu'il soit effectivement présent, doit être expliqué seul — et ça en vaut la peine — ou laissé de côté.

Mais la superbe dialectique de Paul, aux v. 4-13, entre diversité et unité, vaut aussi la peine d'une bonne explication (on lira les chapitres que Cullmann y a consacrés).

Tout d'abord, on ne prendra pas de manière seulement adversative les "mais" des v. 4, 5, 6 ; d'ailleurs, au v. 5, la "manie" adversative a disparu.

v. 5 : "...différents ministres et le même Seigneur". C'est pourquoi, plutôt que "mais" aux v. 4 et 6, je mettrais "aussi". Ce qui montre mieux que, pour Paul, il n'y a pas contradiction ni même dialectique (contra supra) entre la diversité que nous vivons et l'uni(ci)té de l'Esprit du Seigneur (Jésus) et de Dieu (le Père). On remarquera, de plus, que la diversité est du côté humain et l'unicité du côté divin. Et c'est cette unicité divine qui crée (v. 6) la bénéfique et bienheureuse diversité humaine et ecclésiale.

Le v. 7 est aussi facile à comprendre qu'il est difficile à bien rendre : "A chacun a été donné(e) (une manière différente) de manifester l'Esprit pour le profit (général)" ; le "de tous" des traducteurs n'est pas dans le texte ; je me demande s'il ne faudrait pas traduire : "A chacun a été donné... pour le plus grand profit de... chacun". Les deux "chacun" ne sont évidemment pas les mêmes. C'est donné à chacun, et chacun en profite. Cette personnalisation me paraît judicieuse. L'Esprit n'est pas donné "en gros", en "tas".

Au v. 12, se méfier des traductions du Lectionnaire catholique et de la TOB : littéralement, "(c'est) ainsi (que) notre corps est un et qu'il a plusieurs membres". Il n'y a ici aucune opposition entre unité et multiplicité (plutôt que diversité).

L'adversative (légère) vient au v. 12b : "Quoique tous les membres du corps soient (si nombreux), le corps est un, ainsi en est-il du Christ". La diversité ne peut détruire l'unité du Christ, puisqu'en fait elle en provient.

Et Paul va alors dire ce qui fait l'unique véritable unité : "Car nous avons tous été plongés (baptisés) en un seul corps (ici, sans doute : la personne), soit Juifs soit Grecs, soit esclaves soit (hommes) libres, et nous avons été désaltérés par (littéralement, dans) l'unique Esprit". Le baptême est le sceau de la diversité ecclésiale enracinée dans l'unité divine.



"Plan" de prédication

On l'aura compris, à votre place, je préférerais expliquer, en l'actualisant, le texte classique d'Actes 2/1-21, où je ne manquerais pas de rappeler ce qu'était la fête de la Pentecôte juive, fête de l'Alliance au Sinaï et du don de la Torah, fête de la joie aussi (Deutéronome 16/11 et Jean 20/20), et enfin fête de la pleine naissance d'un peuple.

Je n'oublierais pas non plus que la première Pentecôte fut réservée à des Juifs fervents (v. 5), pour bien rappeler que la naissance de l'Eglise n'est pas une mise à l'écart (ni au rencard) du peuple juif comme, trop souvent, nous le pensons. L'Eglise n'est pas née contre Israël mais au sein d'Israël, au cours d'une fête juive, et le sermon de Pierre s'efforcera de le montrer (2/16-20), comme l'accomplissement de prophéties israélites. On en profitera pour exhorter fraternellement tous ceux qui sont là :

1°- à mieux retrouver les racines de leur foi : l'Ancien Testament ;

2°- (et ça n'a rien de paradoxal) à mieux cerner et vivre l'envoi de l'Eglise à toutes les nations, en sachant parler leurs langues (Actes 2/4 & 8-11) ; ce qui pose le "problème" (mauvais mot) jamais définitivement résolu, de la traduction de l'Evangile, non seulement dans les diverses langues, mais au niveau des cultures. Je me permets de penser que 1'Ancien Testament et son étude nous éviteront une dilution de la Bonne Nouvelle du Christ promis, dans une religiosité générale... autant que fade.



>>>>>>>>>>

Texte : 1 Corinthiens 12/4-11
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Mon âme magnifie le Seigneur — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C – Avent-Noël-Epiphanie. Mission Intérieure de l’Eglise Evangélique Luthérienne, 1991 (p. 65-67).



2° dimanche ordinaire

1 Corinthiens 12/4-11

Puisque désormais l'usage l'a consacré, on prendra le terme "charisme" plutôt que "don de l'Esprit" et, pour éviter son affaiblissement dans un abus (on parle, par exemple, aujourd'hui du "charisme" politique de tel chef de parti politique), on précisera bien : "don de la Grâce" (Grâce = charis), même si cela confine au pléonasme.

Ensuite, toujours à propos du vocabulaire, la traduction : "ministère" me semble, elle aussi, abusive, sinon sacerdotale ou administrative. C'est la manifestation, dans le domaine pratique, visible, du "charisme" et qui se traduit par un "service" concret. Cela ne désigne pas les "ministères" tels qu'ils sont fichés, cernés, définis par nos synodes ou nos livres, mais tout ce qui est travail concret dans l'Eglise.

D'ailleurs, le mot devrait être traduit littéralement par "diaconie", mais ce terme a subi (déjà dans le Nouveau Testament, 1 Timothée 3 par exemple) un rétrécissement qui le rend aujourd'hui impropre ; c'est le terme "service" qui convient le mieux : "Tout ce qui dans l'Eglise correspond à un service (rendu à la gloire du Christ ou au bénéfice des frères) est un charisme et provient donc du seul Saint-Esprit". Il montre que l'Esprit déploie dans l'Eglise son énergie (c'est le mot "énergêma"). Ce n'est donc pas à une doctrine (surtout pas !) bien léchée des ministères que nous avons ici à faire, mais à une exposition de la diversité des manifestations et réalisations de l'Esprit dans l'Eglise.

Paul précise bien (v. 7) que tous ces charismes, ces services, ces réalisations sont la partie visible du Saint-Esprit, et qu'ils sont confiés à chacun, ce qui veut aussi dire à tous, mais de manière tellement personnalisée, qu'ils sont tous différents, même si, derrière cette diversité, il y a un unique Esprit et un unique Seigneur. Et ce que nous voyons est nécessairement divers puisque l'Esprit unique respecte chacun dans sa personnalité et son unicité. L'homme ne peut jamais voir que la diversité ; c'est le Seigneur seul qui est unique (v. 4-5). Ce qui signifie, entre autres, qu'une unité qui serait une uniformité visible, ne viendrait pas de Dieu, en tout cas du Dieu de Jésus-Christ. Il faut s'en souvenir.

Et Paul, pour bien se faire comprendre, va donner quelques exemples de cette "divine" diversité, qui n'a donc pas pour origine notre misère et nos péchés, mais le respect, par l'Esprit, de la personne unique que nous sommes, afin qu'elle se mette au service de l'Eglise et des frères (v. 7).

Et s'il est vrai que Paul introduit dans cette énumération une sorte de hiérarchie envers ces divers charismes, ce n'est pas pour en établir une liste exhaustive et définitive, ou un ordre intangible, mais pour faire comprendre quels sont, à son avis, les charismes les plus utiles à la communauté. Etudions-les un peu :

* v. 8 : un message ou une parole de sagesse = de bon sens ; ce n'est pas pour rien que Paul donne ici, à cette Eglise souvent folle, comme premier charisme, celui d'y dire des paroles de bon sens, des paroles équilibrées ;

* puis : un message, une parole de connaissance (gnose) ; cela semble plus curieux dans une Eglise où beaucoup s'y présentaient justement comme des "sachants", des... "gnostiques" (cf. 8/1-2), mais Paul ajoute : selon l'Esprit, celui dont je vous ai parlé plus haut, et qui, lui, n'apprendra jamais qu'à mieux connaître Jésus-Christ. On remarque que ces deux premiers charismes concernent la Parole.

* v. 9 : survient la "foi" comme charisme, et tous les commentateurs d'y voir "la foi qui déracine les montagnes" de 13/2. Je ne le crois pas ; il s'agit plutôt ici de la foi toute bête, toute simple du paroissien moyen dont Paul tient à rappeler qu'elle est déjà un "charisme"... si elle est foi au Christ ; c'est une "mise en boîte" des Corinthiens, amateurs de charismes spectaculaires ;

* le charisme de guérison (je préfèrerais : "soins efficaces") : ce charisme annonce plutôt les hôpitaux que l'Eglise ouvrira plus tard, que les guérisons soudaines (qui ne sont pas pour autant exclues ici).

* v. 10 : la réalisation de miracles (actes de puissance) : il peut se trouver dans l'Eglise des hommes qui réalisent des actes que seule la puissance divine peut expliquer. Mais on n'oubliera pas que, lorsqu'un frère parvient à en réconcilier deux autres, il a réalisé l'un des plus "gros" miracles qui soient ;

* la prophétie : ce n'est certainement pas le don de voyance, mais plus probablement la prédication, dont il est cependant curieux de voir la place subalterne que Paul lui accorde ici, mais on sait qu'à Corinthe, il arrivait qu'on prêchât n'importe quoi (cf. le v. 3) ;

* le discernement des esprits : je "sèche" (et je ne suis pas le seul) ; peut-être tout simplement est-il donné à certains de reconnaître les vrais charismes des faux... mais... mais… ?

* Enfin, le "parler en langues" accompagné nécessairement de son interprète, car il faut dans l'Eglise que toute parole soit intelligible ou rendue intelligible (cf. le chapitre 14 et en particulier les v. 13-19). Avis à tous ceux qui cherchent les mots les plus savants, avec les phrases les plus longues et les plus compliquées !





Inscription à la newsletter