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1 Corinthiens 12 v 31 à 13/13 (Alphonse Maillot)



Texte : 1 Corinthiens 12/31 à 13/13
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Mon âme magnifie le Seigneur — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C – Avent-Noël-Epiphanie. Mission Intérieure de l’Eglise Evangélique Luthérienne, 1991 (p. 83-85).



4° dimanche ordinaire

1 Corinthiens 12/31 à 13/13

Ce texte doit avant tout être démystifié. Car il est simplement une merveilleuse "mise en boîte" des chrétiens corinthiens, qui logeaient l'obéissance chrétienne dans les actions les plus extraordinaires, les charismes les plus éblouissants et les records spirituels les plus extravagants. Paul va les ramener sur terre, et leur dire que le sommet des charismes (et du christianisme) se vit à ras-de-terre, dans la banalité quotidienne, dans les "marais" de la vie ordinaire !

Il va tout d'abord leur dire que le "fin du fin" (littéralement, le plus hyperbolique des charismes) de la foi chrétienne, c'est l'amour (agapê). Et ensuite débarrasser l'amour des "performances" auxquelles nous le croyons nécessairement lié.

Et c'est pourquoi, en un premier temps, il prend ces performances qui, loin d'être fatalement liées à l'amour, en seraient plutôt une mauvaise copie et même la contrefaçon.

1° cible de 1'apôtre : le parler en langues ; serait-il la langue des anges, s'il n'est pas au service de l'amour, il n'est que criailleries bavardes et bruits confus (v. 1).

2° cibles : la prédiction (à ne pas confondre avec la prédication, ce que le terme désigne cependant souvent) ou 1'initiation aux mystères ou la connaissance théologique abstraite jonglant avec les concepts, tout cela = 0 si ce n'est pas un moyen d'aimer les frères (v. 2) ; prêcher sans aimer, et même bien prêcher = 0.

3° cible (que j'ai isolée dans ce v. 2), c'est "la foi qui déplace les montagnes", car les Corinthiens ne se contentaient pas de "la foi ordinaire" des chrétiens habituels que nous avons rencontrés en 12/9, mais, fondés sur une parole du Christ qui visait surtout nos montagnes d'incrédulité (Marc 11/22-23), ils prétendaient détenir (ou parvenir à) une foi capable d'accomplir n'importe quel acte extraordinaire. Eh bien, cette foi-là, à cause précisément de son caractère géant (destiné à culpabiliser les petits croyants), ce n'est rien non plus.

4° cible (curieuse d'ailleurs) : certains Corinthiens prétendaient (en paroles surtout, car la 2° épître, aux chapitres 8 et 9, montrera que ce n'était en fait que très rarement le cas) tout donner pour l'émietter entre tous. Certains même prétendaient vouloir se mettre pleinement au service des autres (c'est la fin du v. 3, qui ne fait pas allusion au martyre, mais à un esclavage volontaire). Eh bien, tout cela peut, sans l'amour, ne me servir à rien. Rien de rien !

Et voilà pour tous les records corinthiens, ça peut être égal à zéro.

Puis, au v. 4, Paul en vient à donner une description, soit positive (ce que l'amour est), soit négative (ce qu'il n'est pas) :

Positif :
- Il est longanime : il prend son temps, il reprend son souffle avant de se mettre en colère ;
- Il est disponible ou serviable : souvent ouvert aux autres (à retenir en ce siècle de gens pressés).

Négatif :
- Il ne fait pas de... zèle : à comprendre dans ce contexte : il ne cherche pas les records spirituels qui en mettent plein la vue aux autres ;
- Il ne manque pas à la discrétion : il ne cherche pas même à faire parler de lui, ni à dénigrer les autres ;
- Il ne plastronne pas : idem (ou à peu près) que précédemment.

On remarquera qu'il s'agit jusqu'ici de comportements tout simples, et à la portée de tous.

A partir du v. 5, pour ne pas trop allonger ce petit commentaire, je laisse à chacun l'interprétation et surtout l'application (la mise en œuvre) ; cependant aux v. 7-8a, je me permets de donner une traduction : "L'amour couvre toujours, il fait toujours confiance, il espère toujours, il tient toujours bon. L'amour ne se trompe jamais (ou mieux : est infaillible)".

Maintenant, essayez-vous à retrouver cette simplicité, cette banalité de l'Agapê ; je crois que vous comprendrez mieux qu'avec ce commentaire, ce que l'apôtre voulait dire.

Vous aurez les ailes coupées, mais vous aurez retrouvé des pieds (!) pour vous approcher des autres.

Mais, pour l'amour du ciel (pardon !), ne transformez pas ce passage très humain…
1° en langue de bois ;
2° en message idéalisé et alors culpabilisant. Nous n'avons pas ici une description éthérée ni culpabilisante de ce que devrait être l'Agapê, mais de ce qu'elle peut facilement être dans la vie de chacun.




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