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1 Corinthiens 12 v 1-11 Jean-Daniel Wohlfahrt



Il y a quelques années encore rares étaient les pasteurs qui prêchaient sur ce genre de textes pour la simple raison que les manifestations de l'Esprit décrites ici comme dons du Saint Esprit étaient pour le moins méconnues dans nos églises. On les laissait aux sectes et autres pentecôtistes qui avaient beau jeu de montrer du doigt ce qu'ils qualifiaient d'insuffisances des églises. Ils ont donc sauté sur le créneau et accordé large place dans leurs cultes et assemblées aux dons que Paul définit ici. Plus particulièrement d'ailleurs aux dons les plus spectaculaires, ceux des langues et de guérison. C'est ainsi que les dons que Dieu fait à son peuple sont devenus le privilège de quelques-uns.
Dans le passage que nous avons lu, Paul déclare pourtant avec force: Dieu donne ces dons à tous et pour tous. Ils sont l'œuvre du Saint Esprit en chacun et pour l'utilité commune. Depuis une certaine Pentecôte à Jérusalem il faudrait d'ailleurs dire: le Saint Esprit est/veut être à l'œuvre en chacun en chacune et pour l'utilité de tous. Pour la plus grande gloire de Dieu.
A la présence de ces dons, à leur absence on peut, disent certains, évaluer la fidélité de l'église, la qualité de sa prière, -sa vie tout simplement- puisque l'Esprit nous est promis par le Christ avant sa mort et sa résurrection, puisque non seulement c'est comme consolateur que Dieu l'offre à l'église mais à Pentecôte, c'est par l'effusion même de cet Esprit que Dieu appelle un peuple nombreux à vivre et à témoigner en Eglise.
Relisant dans le livre des Actes, dans les épîtres de Paul les récits de témoignages des disciples, les récits de guérison voire de résurrection dont ils ont été les agents, certains parlent de démission pour l'Eglise d'aujourd'hui qui laisse si peu de place aux œuvres de l'Esprit. Tout au plus y reconnaît-on les dons de la connaissance et de la prophétie. Encore la prophétie est-elle comprise comme "proclamation de la parole dans des circonstances concrètes et parfois au risque de la vie" plutôt que comme parole sur l'avenir du monde et de ses habitants. Ces dons resteront néanmoins limités, -il faut tout de même que l'ordre règne non?- aux pasteurs et à quelques personnes présentant toute garantie! Ces deux dons sont largement reconnus dans nos églises puisque c'est eux qui permettent d'expliquer la parole de Dieu et de rappeler sans cesse à nouveau la volonté de Dieu pour le monde. Quant aux autres dons que cite ici l'apôtre Paul nous restons plus circonspects, nous avons plus de mal à nous situer par rapport par exemple au don des langues ou au don de guérison.
Sans vouloir faire de mauvais esprit je voudrais dire que Dieu ne saurait se contenter d'une église où quelques pasteurs et privilégiés seuls vivent les dons du Saint Esprit devant la foule des fidèles dont le seul
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charisme serait d'écouter en silence ce qui leur est dit du haut de la chaire.
A-t-on le droit d'accuser l'Eglise d'avoir rejeté tant de passages bibliques, tant de témoignages du Nouveau Testament, tout un passé dont témoignent le livre des Actes, les Epîtres ainsi que l'histoire de l'Eglise ancienne, de ces Chrétiens de jadis remplis du Saint Esprit et d'une foi capable de déplacer des montagnes.
Il fut un temps pas si loin de nous où certains milieux de l'église vivaient une véritable course aux dons de l'Esprit. "Tu te veux chrétien et tu ne parles pas en langue? demandait-on tout à trac quand on ne disait pas de tel autre: ça c'est un vrai chrétien: il a le don de guérison". Tout en constatant la réalité des dons de l'Esprit, l'apôtre Paul ne pousse pas à la consommation. Et s'il affirme que les dons sont importants pour l'Eglise, le message central de ce texte n'en est pas moins celui-ci: le centre de notre foi ce n'est pas tel don de l'Esprit, c'est le Christ dont nos actes, nos paroles, nos pensées veulent témoigner. Tout don dont l'exercice n'incite pas à la louange au Christ n'est pas don de l'Esprit, ne distingue pas le chrétien du païen, n'a donc pas sa place dans l'église. Nul ne peut dire Jésus est Seigneur si ce n'est par le Saint Esprit. Même s'il y a diversité de dons, il y a un seul témoignage. C'est sur ce témoignage que le monde, que Dieu nous jugera.
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Ce n'est pas tel homme ou telle femme qui est à admirer ou à louer en fonction du don qu'il ou qu'elle pratique, mais l'Esprit seul qui inspire ces dons: Il y a dons de…. de…. de… etc., mais un seul Esprit dit l'Apôtre. Il semble bien d'ailleurs que la communauté chrétienne de Corinthe ait jadis quelque peu perdu les bonnes références. Qu'on y assistait à une recherche exagérée, à une surestimation des manifestations extatiques et mystiques au dépens d'une foi plus sobre, plus mystique, plus réfléchie. C'est donc pour ramener un peu d'ordre, pour remettre en place les illuminés que Paul écrit sa lettre.
Il y a autre chose dans cette énumération des dons. Ne devons-nous pas considérer aussi le non-dit? L'Esprit n'est-il pas vie? S'il est vie, comment voudrions-nous le cantonner, le limiter aux manifestations d'une liste établie il y a près de 2'000 ans? Autrement dit, même si reproche peut nous être fait d'avoir perdu certains dons -encore conviendrait-il de se demander si ces dons seraient vraiment utiles aujourd'hui- il n'en est pas moins indiscutable que l'Esprit agit aujourd'hui aussi, dans l'Eglise aussi et vraisemblablement même hors de l'Eglise. Nul ne peut en revendiquer l'exclusivité.
Pour revenir à la liste de Paul, elle n'est pas exhaustive. Elle doit et peut être revue et complétée en fonction des temps, des lieux, des besoins de
l'Eglise et des hommes.
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Les temps changent, les besoins du monde, ceux de l'Eglise changent. Dieu reste le même éternellement devrait-il pour autant se manifester aujourd'hui comme il le fit jadis dans un buisson ardent ou comme il le fit pour soutenir Moïse dans le bâton changé en serpent sous les yeux de Pharaon quand celui-ci refusait de laisser sortir d'Egypte le peuple hébreu retenu en servitude.
L'Eglise d'aujourd'hui ne peut s'affranchir des dons de l'Esprit, elle a besoin de ses dons. Elle doit pourtant les accueillir avec discernement et leur faire place. Discerner ceux qui servent l'intérêt commun, ceux qui contribuent à la gloire de Dieu, à la louange du Christ, ceux qui permettent au Royaume de Dieu de devenir réalité ici et maintenant.
C'est une des taches du Consistoire que de reconnaître et de faire place dans la vie de la paroisse à tous ces dons que Dieu ne limite pas au Consistoire, mais qu'il distribue généreusement à chacun et chacune. Pour cela nous devons unir tous nos efforts en restant par le culte, la prière et la lecture de la Parole, en contact avec le Dieu créateur de qui nous vient tout don parfait et qui nous gardera de toute fausse décision.
Tout en restant en contact étroit avec le passé et avec l'expérience de l'Eglise, il nous faudra veiller à ne pas accorder à ce passé -même si c'est infiniment plus sécurisant- un poids et une place qui nous
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empêcherait de discerner la volonté de Dieu pour notre aujourd'hui, et ce que Dieu attend de nous en parole et en actes pour le monde dans lequel et avec lequel nous vivons.
C'est dans cet esprit que tout à l'heure nous installerons le nouveau consistoire. L'Eglise a discerné des dons particuliers en chacun de ses membres. Ensemble nous resterons ouverts à la nouveauté, attentifs aux appels et aux besoins de ceux qui nous entourent comme de ceux qui sont au loin. Que chacun mette ses dons au service de tous pour la plus grande gloire du Seigneur.