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1 Corinthiens 11/23-26 James Woody



Texte : 1 Corinthiens 11/23-26
Genre : Prédication
Auteur : James WOODY
Source : Prédication pour le 02.02.2003 (à l’occasion de l’Assemblée Générale de l’Association Cultuelle), trouvée sur le site de l’Eglise Réformée d'Avignon.



Nos aliments ont une mémoire (ou pas)

Chers frères et sœurs, pourquoi le caviar se consomme-t-il si peu dans notre région ? Pourquoi si peu d’intérêt pour le caviar, alors que l’engouement pour la truffe ne décroît pas ? Pourquoi le sort de ces deux produits de luxe est-il si différent ? L’un des éléments de réponse se trouve dans notre mémoire.

Si le caviar n’est pas consommé en Provence, c’est que les Provençaux n’ont aucune mémoire de cet aliment : il n’évoque rien. Il n’évoque ni l’enfance, ni les repas de famille, ni les longs moments passés à la recherche de ce produit (que ce soit à la source ou dans des marchés spécialisés). Il n’évoque pas les yeux des convives qui brillent devant lui, etc… Les Provençaux ne mangent pas de caviar parce que le caviar ne suscite aucune émotion particulière. Il en va tout autrement de la truffe qui a, dans notre région, une histoire, à laquelle viennent s’ajouter toutes les histoires personnelles que les uns et les autres ont constituées au fil des ans.

Voilà ce qui fait, pour une part, la valeur de la cène chrétienne : un peu de pain, un peu de vin, mais toute une histoire derrière ces modestes aliments et toutes nos mémoires qui entrent en jeu au moment du repas. Ce petit repas qui a lieu dans les différentes communautés chrétiennes à travers le monde, renvoie à une mémoire collective et à une mémoire individuelle. Mémoire individuelle de notre première communion, lorsque pour la première fois le pain est passé par notre main, notre bouche. Lorsque, pour la première fois, nous avons porté nos lèvres sur la coupe. Mémoire individuelle de moments uniques où nous avons senti une véritable communion avec ceux qui étaient là, où nous avons perçu la présence véritable de Dieu dans le partage. Mémoires auxquelles s’ajoute le souvenir d’un événement auquel nous n’avons pas physiquement participé (la première cène de Jésus avec ses disciples) mais qui, de célébration de la cène en célébration de la cène, est devenue un moment très familier ; tellement familier que nous avons tous, plus ou moins, l’impression d’avoir participé à ce repas de Jésus ou, au moins, d’y avoir assisté : des images se bousculent dans notre tête, des bruits, des paroles remplissent cet espace de mémoire. A force de cènes, nous avons reconstruit mentalement la cène première.

Et la première cène, elle-même, n’a pas fait autrement. Ce n’est pas à n’importe quel moment que Jésus partage ce repas avec ses amis, mais précisément au moment de la Pâque. Jésus et ses disciples se plongent donc, et nous avec, dans cette histoire de libération hors de la terre de servitude, cette histoire d’exode qui ferme la porte de l’esclavage pour ouvrir celle d’une terre promise où Dieu pourra séjourner au milieu de son peuple. Et, de mémoire en mémoire, ce repas que nous partageons nous rappelle que notre commune espérance est une libération qui nous conduit vers une terre où coulent le lait et le miel.

En partageant ce repas, nous ne faisons pas que nous nourrir, nous nous replongeons, mentalement et corporellement, dans une histoire qui nous vient de très loin et que nous déroulons pour nous et ceux qui nous succèderont. Si un peu de pain et un peu de vin peuvent avoir tant d’importance pour nous, ce n’est pas en raison de la valeur marchande de ces produits, mais en raison de la mémoire dont ils sont chargés et que nous faisons nôtre à chaque fois que nous partageons le pain et le vin.

Célébrer la cène, comme le rappelle l’apôtre Paul, c’est annoncer quelque chose, c’est dire quelque chose de Jésus : annoncer sa mort et, par-là même, sa résurrection. C’est donc, aussi, replonger dans les racines de cet événement initial de la Pâque qui rappelle que nous sommes appelés à la liberté.

Il est bon de se souvenir, avant d’ouvrir l’assemblée générale de notre Eglise, que ce qui nous rassemble, notre patrimoine commun, n’est pas uniquement un patrimoine immobilier, un patrimoine financier ; c’est aussi un patrimoine historique, un patrimoine de tranches de vie, un patrimoine constitué par la vie de nombreux hommes. C’est là un patrimoine dont nous avons la responsabilité. Notre assemblée générale ne peut donc être qu’une affaire de chiffres, elle est aussi l’occasion de nous souvenir que notre futur doit se vivre sous le signe de la libération de l’esclavage, de toutes les formes de servitude et prendre la direction d’une terre où Dieu vient à notre rencontre.

Notre assemblée générale est donc bien ce moment qui, nourris de ce pain et de ce vin, c’est-à-dire nourris de cette mémoire collective et personnelle, nous met en présence de Dieu et nous invite à annoncer de quelle façon, en Jésus-Christ, notre Seigneur, il a voulu que toutes et tous, sans distinction, nous soyons réunis dans son amour, dans son projet d’un bonheur commun. A nous, donc, d’être ses fidèles porte-parole.

Amen.