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Texte : 1 Corinthiens 11/23-26
Genre : Commentaire biblique Auteur : Christophe SENFT Source : La première épître de saint Paul aux Corinthiens. Commentaires du Nouveau Testament, VII. Labor et Fides, 1979 (1990) (p. 149-150). C. Les repas communautaires (11/17-34) On peut distinguer trois parties du texte : - description et censure de la dégradation des repas eucharistiques, v. 17-22 ; - rappel de la portée et de la signification de la cène, v. 23-26 ; - avertissement et exhortation, v. 27-34. Après l’étude de la première partie, on trouve un excursus sur « Communion et divisions ». v. 23a — Gar, en effet, relie les v. 23-26 à ce qui précède : « La manière dont vous vous comportez montre que vous ne savez plus ce que signifie la cène. Voici, en effet, puisque vous l'avez oublié, de quoi il s'agit ». Paralambanein, recevoir, et paradidonai, transmettre, sont les termes techniques décrivant le processus de la tradition, aussi bien dans les écoles philosophiques grecques et dans divers milieux religieux du monde hellénistique que dans le rabbinisme. Dans la règle, Paul dit recevoir para tinos, de la part de quelqu'un ; ici, il dit : j’ai reçu apo, provenant de, parce que le Seigneur n'est pas un chaînon, mais la source même de la tradition ; ce qui, bien entendu, n'exclut pas des intermédiaires humains, mais souligne l'autorité non humaine de la tradition. En nommant celui qui est la source de la tradition, l'apôtre avertit : c'est le Seigneur que vous offensez, quand vous profanez la cène. v. 23b-24 — Dans les v. 23b-25, Paul cite textuellement les paroles liturgiques. L'indication chronologique dans la nuit où il fut livré, est conforme aux données des évangiles synoptiques. En revanche, on constate l'absence de toute référence, même allusive, à la Pâque. Le verbe paradidonai, livrer, est un mot-clef des récits et du kérygme de la Passion ; il provient très probablement d'Esaïe 53, qui a joué dans la réflexion de la première Église sur le sens de la mort du Christ un rôle important. Rendre grâce, rompre le pain : rites accomplis par le père de famille au commencement de chaque repas. Ceci est mon corps... n'explique pas le geste (rompre le pain) ; Jésus dit aux disciples ce que signifie le pain qu'il leur distribue : identifié sacramentellement, par l'acte d'institution, au corps du Christ, c'est-à-dire au Christ « qui s'est donné lui-même » pour nous (Galates 2/20), il assure à ceux qui en mangent leur part (koinônia, 10/16) au Christ. Uper, pour : la mort du Christ est le sacrifice expiatoire ou propitiatoire pour le péché. v. 25 — De même la coupe : suppléer, d'après 23b 24a, il prit, il rendit grâce (cf. 10/16). Les mots meta to deipnêsai, après le souper, pourraient n'être qu'une réminiscence historique ; mais figurant dans le texte d'institution, ils sont probablement une indication liturgique : dans les débuts de l'Église, les deux actes sacramentels, fraction du pain et distribution de la coupe de bénédiction, commençaient et terminaient le repas du Seigneur. La comparaison avec le texte de Marc fait apparaître entre la parole concernant le pain et celle concernant la coupe une certaine dissymétrie : Paul ne met pas en parallèle le corps et le sang (Marc 14/22 & 24), mais le corps et l'alliance (la nouvelle alliance en mon sang). La différence n'est pas grande ; mais rendue plus sensible encore par l'absence du uper dans l'explication de la coupe, elle reflète sans doute un état antérieur de la liturgie, où pain et coupe avaient des significations plus différenciées. Pour Paul lui-même, cependant, la parallélisation est chose faite, cf. 10/16. L'expression kainê diathêkê, alliance nouvelle, provient de Jérémie 31/31 (Septante : 38/31) ; l'alliance fondée sur le sacrifice du Christ est nouvelle en ce sens qu'elle inaugure l'accomplissement eschatologique, le temps du salut. L'ordre touto poieite..., faites ceci en mémoire de moi, 24c et 25c, porte moins sur la répétition, qui va de soi, de l'acte sacramentel, que sur la commémoration, qui en est la raison d'être. Elle est plus et autre chose, bien entendu, que le souvenir d'un passé. Elle est l'actualisation du passé, de l'œuvre rédemptrice du Christ, par l'acte sacramentel, actualisation en vertu de laquelle le Christ lui-même est présent au milieu de la communauté, pour se communiquer à elle. Rappel, face à la déplorable dégradation des repas eucharistiques à Corinthe, on ne peut plus opportun. v. 26 — Ce verset est une sorte de paraphrase de 25c : « Voilà, dit l'apôtre, ce que vous faites, lorsque vous êtes rassemblés pour le repas du Seigneur ; ne l'oubliez pas ! ». Entièrement formulé par l'apôtre, ce verset laisse néanmoins transparaître la tradition eucharistique : les mots jusqu'à ce qu'il vienne expriment l'attente de la parousie inséparable de la cène ; cf. la prière Maranatha, 16/22. Kataggellete ne peut être qu'un indicatif : vous annoncez. Paul ne veut sans doute pas dire que chaque eucharistie doit être précédée d'une homélie sur la mort du Christ : la cène elle-même en est la proclamation. Quelques exégètes veulent déceler ici une intention anti-enthousiaste de l'apôtre : que tous se souviennent qu'ils vivent encore « sous la croix », soumis aux contradictions et aux tentations du siècle finissant. En fait, le texte n'en offre aucun indice. Ce qui, en revanche, est certain, c'est qu'en rappelant à ses lecteurs que la cène est la commémoration de la mort du Christ, Paul fait sentir à chacun la gravité des fautes qu'il doit leur reprocher : c'est le Christ mort pour eux qu'ils déshonorent et celui qui vient qu'ils oublient. Cette analyse du texte est suivie d’un excursus : « La cène de l’Eglise et le dernier repas ». |
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