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1 Corinthiens 1/26-31 Alphonse MAILLOT



Texte : 1 Corinthiens 1/26-31
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Voici l’homme — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année A (Avent-Noël-Epiphanie jusqu’au Carême non compris). Mission intérieure de l’Eglise Evangélique luthérienne, s.d. (p. 89-91).



4° dimanche ordinaire

1 Corinthiens 1/26-31

Je regrette tout d'abord que la lecture ne remonte pas au v. 23 : "Nous prêchons le Christ crucifié, scandale pour les Juifs (c'est ici l'occasion de préciser ce qu'est un scandale biblique : ce qui empêche de croire, ce qui fait tomber hors de la foi), absurdité (mieux que folie) (...contraire à toute raison ; insensé... Chez bien des Grecs, le terme ici employé concernait souvent la conduite et la pensée (?) féminines) pour les non-Juifs". Christ qui, pour nous, les élus, soit Juifs soit Grecs, est la Grâce, la Puissance de Dieu et la (seule) philosophie de Dieu. L'Absurdité de Dieu surpasse la plus grande philosophie des hommes (elle est plus philosophique que toute philosophie humaine) ; et l'impuissance (pas seulement faiblesse) de Dieu surpasse la plus grande puissance des hommes. Paul passe alors à sa "démonstration" qui se trouve dans la composition même de l'Eglise de Corinthe.

Il est très important d'accorder à ce texte la place de nœud "herméneutique" (mot inutile !), non seulement de la pensée paulinienne, mais encore du mystère du plan de Dieu pour le salut du monde. Faites bien comprendre ce texte, faites mesurer (si c'est possible) l'amplitude de la grâce qu'il exprime, et le "catéchisme" de vos paroissiens (tout comme le vôtre) aura bien avancé.

Face à des Grecs attirés, à cause de leur culture (ou, à Corinthe, leur inculture ; ça se rejoint souvent), par la philosophie et les philosophes (les sages grecs) qui refont le monde d'après les Idées qu'ils ont de ce monde tel qu'il devrait être (alors que la sagesse juive : cf. Proverbes, démarre du monde tel qu'il est et n'essaie pas d'en dépasser les contradictions), Paul va se servir de leur infirmité propre (pas de vrais philosophes ni de "docteurs en théologie" dans l'Eglise de Corinthe) pour leur montrer comment Dieu renverse toutes les valeurs ; Paul retourne en vérité divine, en théorème (?) chrétien, ce que les Corinthiens devaient vivre comme une infirmité, sinon une culpabilité. Oh, ce n'est pas une mise à mort des philosophes ; qu'ils se rassurent ! Mais c'est la dénonciation que la philosophie puisse collaborer vraiment au message chrétien spécifique.

Nul n'a donc besoin d'être philosophe pour être chrétien. Il n'y aura donc jamais de bonne "théologie naturelle" (cf. Luther), tentation perpétuelle des intellectuels (les gnostiques) chrétiens. Si Dieu accepte que ceux-ci mettent leur intelligence au service de la Bonne Nouvelle, jamais une telle intelligence ne pourra ni remonter jusqu'à Dieu ni démonter les rouages de la sotériologie (doctrine du salut), ce qu'hélas, bien des chrétiens se sont, par la suite, efforcés de faire. Notre intelligence bute nécessairement sur une Croix : Absurde et Impuissante. La Croix sauve (et en premier lieu de la philosophie)... mais la Croix tue la croyance pour laisser la place à la seule foi, nue, sans repère autre que la Croix elle-même. La Croix tue la Logique, le Système (fût-il barthien !) et même la Théologie (quand elle se veut unifiée et parée de la majuscule). Si elle nous justifie, la Croix ne se "justifie" pas ! Nous ne comprendrons jamais ni comment ni pourquoi le Christ-crucifié sauve. Nous avons seulement à le croire et à le recevoir.

En relation avec les "Je suis (c'est moi qui suis)..." de Jean, on mettra en parallèle le v. 30 : le Christ-crucifié-(notre)-philosophie ; le Christ-crucifié-(notre)-Justice ; le Christ-crucifié-(notre)-sanctification (en particulier Jean 11/25-26 et Jean 1/1-14), etc…

Tous ces concepts ne sont pas simplement éclairés par le Christ, mais le Christ est (et lui seul) ces concepts ; c'est dire que, pour un chrétien, ils échappent à toute définition préalable. On écoute, on contemple le Christ crucifié et, après seulement, on commence timidement à parler de philosophie (chrétienne), de justice, etc…

C'est pourquoi la théologie (les théologies) ne sont jamais que des "manières de dire", de simples paraboles pour rendre compte de manière infirme de l'Absurde et de l'Impuissance ; même si Paul s'empresse d'ajouter que cette absurdité peut s'imposer aux plus grandes sagesses (aux plus grands sages, surtout) et que cette impuissance peut subjuguer les plus grandes forces.

Si, par bonheur (!), le(s) jour(s) où l'on pense prêcher sur ce texte exceptionnel, on est devant une petite assemblée, composée de gens fort ordinaires, ou qui se pensent "abandonnés de Dieu" ou..., on en profitera, comme Paul, pour leur (nous) dire qu'ils sont la plus belle preuve qui nous soit donnée ici-bas de la vérité du Salut de Dieu et de son élection (v. 28). C'est rare de pouvoir "prouver" ainsi la vérité de la Parole qu'on annonce. Ne manquez donc pas cette éventualité, au lieu, comme si souvent, de pleurer, ou même pleurnicher, sur la misère de l'Eglise et celle de votre paroisse en particulier.




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