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1 Corinthiens 01 v 10-17 Jean-Jacques Muller
1 Corinthiens 1,10-17
La méditation de ce passage de la Première Épître aux Corinthiens est tout à fait en phase avec la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens en cours et avec le thème qui a été choisi pour cette année : « Christ, unique fondement de l’Église » (I Corinthiens 3, 11). Dans notre passage, Paul exhorte les destinataires de sa lettre, les chrétiens de Corinthe, à surmonter leurs divisions qui menacent de mener à la dissolution de leur communauté, de leur Église : « Je vous exhorte, frères, au nom de notre Seigneur Jésus Christ : soyez tous d’accord, et qu’il n’y ait pas de divisions parmi vous ; soyez bien unis dans un même esprit et dans une même pensée. » Dans la salutation et la prière d’action de grâce qui ouvrent la lettre, Paul rappelle la plénitude des dons dont les chrétiens de Corinthe ont été comblés –« il ne vous manque aucun don de la grâce, à vous qui attendez la révélation de votre Seigneur Jésus Christ » (verset 7). Puis il change brusquement de ton et de sujet : de l’action de grâce il passe à l’exhortation et de la plénitude théologique il passe à une réalité humaine et communautaire imparfaite. Paul n’aborde pas la question de l’unité de l’Église de manière générale et abstraite. Il l’aborde à partir de l’histoire, du vécu et de la situation d’une Église particulière, celle de Corinthe. Il ne s’agit pas d’appliquer un modèle : l’unité se cherche et se construit, à la fois dans l’écoute d’une parole dite par différents témoins et au travers de la vie concrète d’une communauté dont les membres sont issus de milieux sociaux et culturels variés. L’unité est à la fois donnée et à construire. Elle est donnée dans le mot « frères » avec lequel Paul s’adresse à ses destinataires : « je vous exhorte, frères, au nom de notre Seigneur Jésus Christ ». L’exhortation à l’unité serait vaine et l’édification d’une communauté totalement utopique s’il n’y avait pas ce préalable : vous êtes frères et sœurs au nom du Seigneur Jésus Christ. Il est probable que Paul fait ici allusion au baptême donné au nom du Seigneur Jésus Christ : le baptême est le signe de l’unité de l’Église donnée et fondée dans la personne de Jésus Christ. L’exhortation à l’unité s’appuie sur le rappel du baptême, qui sera encore évoquée dans la suite de notre passage. Donnée dans le Christ et attestée par le baptême, l’unité de l’Église reste cependant à construire. Et, comme le montre l’exemple corinthien, au lieu d’être un signe d’unité, le baptême peut devenir un facteur de division. Paul nous livre pour ainsi dire une photographie de l’Église de Corinthe. Chacun de vous parle ainsi : « Moi, j’appartiens à Paul. Moi à Apollos. Moi à Céphas. Moi à Christ ». Paul observe que l’Église de Corinthe, c’est une addition de « moi », de « je ». Ce n’est pas réellement une communauté. Une communauté, ce n’est certes pas la disparition ou la fusion d’individus dans une seule entité. Toutefois, l’addition des « Moi, j’appartiens à Paul », « Moi, j’appartiens à Apollos », « Moi, j’appartiens à Céphas » et « Moi, j’appartiens à Christ » ne constitue pas non plus une communauté. C’est une juxtaposition de clans ou de chapelles. Pour Paul, cette absence d’unité et de communauté est liée à une fausse compréhension du baptême, fausse compréhension qui survient lorsque le baptême est dissocié de la prédication de la croix du Christ. Dans l’exercice de son apostolat, Paul a donné la priorité à l’annonce de l’Évangile sur le baptême : « Le Christ ne m’a pas envoyé baptiser, mais annoncer l’Évangile ». L’annonce ou la prédication de l’Évangile a été essentielle pour Paul dans l’accomplissement de sa vocation apostolique. Ce n’est qu’occasionnellement qu’il a baptisé : il se rappelle avoir célébré seulement trois baptêmes à Corinthe. Cela ne veut pas dire que Paul dévalorise le baptême et les sacrements. Il tient seulement à ce qu’ils ne soient pas dissociés de l’annonce de l’Évangile. Or que s’est-il passé à Corinthe ? Plusieurs missionnaires chrétiens se sont succédé. A la suite de Paul, il y a eu Apollos, peut-être Pierre ou des envoyés de Pierre. Chacun d’entre eux a exposé sa vision de l’Évangile selon ses talents, avec ses mots et ses idées. Les Corinthiens se sont attachés à l’un ou à l’autre de ces missionnaires. Le fait d’avoir été baptisé par Paul, par Apollos ou par Pierre créait un lien privilégié sinon exclusif avec le missionnaire en question. L’éclatement de l’Église de Corinthe est le résultat de ces pratiques baptismales : une juxtaposition d’individus et de clans se réclamant de différents missionnaires, mais non pas une communauté unie par un même baptême et un même Evangile. Il y a encore un autre aspect qui accentue cette absence d’unité et de communauté chez les chrétiens de Corinthe. Paul y fait allusion lorsqu’il parle de la sagesse : la sagesse du discours qui s’oppose à la prédication de la croix du Christ. Nous baignons à Corinthe dans une atmosphère religieuse bien particulière : les habitants de cette grande cité sont attirés par des discours et des rites leur permettant d’échapper à la réalité d’une vie qui leur paraît insignifiante ou trop dure. Ils pensent pouvoir ainsi accéder au monde lumineux et éternel du divin. Le baptême chrétien n’est-il pas à leurs yeux un de ces rites, une de ces voies de la sagesse permettant aux humains de s’élever vers des réalités supérieures et divines ? C’est par rapport à cette atmosphère religieuse ambiante que Paul rappelle que le baptême chrétien et la prédication du Crucifié sont inséparables : « les Grecs recherchent la sagesse, mais nous, nous prêchons un Messie crucifié », dit-il un peu plus loin dans sa lettre (1,23). Ce lien entre baptême et prédication de la croix a des implications pour la vie communautaire et pour l’unité de l’Église. Notre baptême atteste notre union avec notre Seigneur Jésus Christ et le fait que nous sommes frères et sœurs. La prédication de la croix du Christ nous rappelle que cette union et cette fraternité ne se situent pas hors du monde, mais s’éprouvent et se construisent au cœur même des réalités sociales et humaines de ce monde. Le passage de la Première Épître aux Corinthiens que nous avons médité ce matin nous a conduits du baptême au nom du Seigneur Jésus Christ à la prédication de la croix du Christ. N’est-ce pas aussi entre ces deux pôles, celui de l’unité donnée et celui de l’unité à construire, que la communauté chrétienne est appelée à cheminer ? |
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