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1 Corinthiens 01 v 10-17 David Mitrani



Texte : 1 Corinthiens 1/10-17
Genre : Prédication
Auteur : David MITRANI
Source : Prédication pour le 24.01.1999 à Jarnac (église Saint-Pierre) (16) pour une célébration œcuménique.



Imaginez, chers amis, votre pasteur (ou votre évêque) bien-aimé, momentanément absent, et vous écrivant ces choses : "J'ai appris par la bande, etc… que vous êtes en train de vous entre-déchirer, et qu'il y en a même qui se réclament de moi pour ça"…! Vous ne seriez pas très brillants, je suppose. Et Paul de leur faire honte, et de leur rappeler un essentiel qui ne souffre ni contestations ni divisions. Nous ferions bien, nous faisons bien, nous aussi, ce matin, de réentendre ces exhortations. A défaut de tous les versets concernés, vous venez d'en écouter l'introduction.

Je ne vous rappellerai pas quelle était la théologie de Paul, mais c'est lui qui écrit, vous l'allez bientôt savoir…! Je ne vous rappellerai en tout cas pas celles d'Apollos ou de Saint Pierre… Car tout ceci est sans intérêt, comme Paul précisément l'indique à ses lecteurs. Faut-il pour autant être d'accord sur tout ? "Qu'il n'y ait pas de divisions parmi vous, mais soyez en plein accord dans la même pensée…". Souvent, à travers ses lettres, Paul redira ces choses. Mais, ailleurs justement, il permet, il admet, il constate et encourage, qu'il y ait diverses manières de faire, et même diversité d'opinions. Que devons-nous comprendre, alors ?

Eh bien, c'est qu'il y a des choses principales, et des choses secondaires. Il y a des détails qui permettent à chacun de vivre mieux sa foi, et même peut-être des détails qui justifient qu'à un moment, ceux qui vivent mieux leur foi de même manière constituent un groupe, et ceux qui la vivent mieux autrement en constituent un autre. Il faudra alors prendre garde à maintenir, autrement que par ces détails-là, la communion ecclésiale entre tous… Dans les épîtres aux Corinthiens elles-mêmes, ces détails pourtant bien importants sont évoqués : la consommation ou non de viandes qui étaient toujours issues des boucheries des temples païens, ou bien la manière de célébrer le culte en recevant des prophéties ou bien en proférant des louanges "en langues", ou encore la théologie du mariage et du célibat, ou d'autres diversités encore.

Toutes ces choses sont motifs de division, aucune n'est pourtant un motif suffisant de le faire ! Je suis sûr que si, à la sortie de cet office, nous étions interrogés sur les différences entre catholiques et protestants, ou bien sur ce à quoi nous ne renoncerions pas, même pour une avancée œcuménique plus significative, il n'y aurait pas grand-chose qui résisterait à ce critère-ci, il n'y aurait pas grand-chose qui justifierait que nous ne soyons pas ensemble. Et que l'un soit de Paul et l'autre de Pierre et même un troisième d'Apollos, que l'un soit du Pape et l'autre du Synode, que l'un soit de la présence réelle dans l'Eucharistie et l'autre de la véritable présence en la Cène, que l'un prie d'une manière et l'autre d'une autre, etc… nous nous apercevrions, et peut-être l'avons-nous déjà commencé, nous nous apercevrions que, malgré tout ça et même à travers tout ça, nous sommes frères et sœurs de l'unique Eglise.

Je n'ignore pas, loin de là, qu'il est aussi des raisons plus importantes, parce qu'elles touchent à l'essentiel, ou sont réputées telles. Je n'en ferai pas l'inventaire ici, ce n'est pas le lieu. Je vous propose simplement de suivre Saint Paul lorsqu'il le fait, lui. A chacun ensuite de savoir ce qu'il en fait pour lui-même et pour sa propre confession, plutôt que pour les autres !

Tout d'abord, l'Eglise est une parce que, évidemment, elle est l'Eglise du Christ, et non pas l'Eglise de quelqu'un d'autre. Quelle que soit la manière dont elle est organisée, elle n'est pas une Eglise monarchique, où le chef devrait être suivi sans plus de contestation… Quelle que soit la manière dont elle est organisée, elle n'est pas une Eglise démocratique, où la majorité pourrait dire le vrai sans autre critère… Patriarcale, monacale, épiscopalienne, presbytérienne, synodale, pastorale, congrégationaliste, ou tout ce que vous voulez encore inventer, de toute façon l'Eglise est l'Eglise de Christ et il n'y a de vérité qu'en lui, d'autorité qu'en lui, de salut qu'en lui.

Si, comme Paul nous y invite si fermement, nous ne regardions qu'à Christ, et non à nous-mêmes à travers nos chefs ou nos doctrines, nos liturgies ou nos confessions de foi, alors nous saurions, alors nous cesserions de nous opposer. "Christ est-il divisé?"… Ainsi le rapprochement des Eglises ne peut-il pas être un rapprochement de l'une vers l'autre, même dans la réciprocité ! Ce ne peut être qu'un rapprochement vers Christ, qu'un rapprochement en Christ. Changeons de stratégie : cessons d'être œcuméniques, devenons donc chrétiens, les uns et les autres, et cela devrait bien suffire, non ?…

Oui, mais quel Christ ? Outre que la question est parfaitement blasphématoire et insultante pour Dieu, comme s'il ne nous avait pas donné son propre Fils, mais seulement une théologie à connaître, cette question est aussi sans autre suite que la réponse de Paul, qui arrive tout de suite, parcourt toute son œuvre et tout le Nouveau Testament : le seul vrai Christ est le Christ qui a été crucifié ! "Est-ce que c'est Paul qui a été crucifié pour vous ?" demande-t-il, et notre passage se concluait aussi sur la puissance de "la croix de Christ".

Christ crucifié pour nous. Nous sommes tous l'Eglise du Crucifié. Non pas celle d'un Dieu abstrait appréhendable par l'intelligence humaine. Non pas celle, encore moins, d'un Dieu mystérieux et jaloux de sa majesté. Non pas même celle d'un Dieu crucifié par nous et nous renvoyant pour toujours l'image de notre culpabilité. Non : Eglise du Christ crucifié pour nous. Eglise du pardon reçu de celui-là seul qui pouvait le donner, et qui l'a payé de sa propre vie. Nous sommes le peuple des graciés, le peuple de ceux pour qui Jésus-Christ est mort. C'est en cette mort que nous avons été baptisés, nous tous, pour toujours.

Nos cérémonies de baptême ne sont que l'image de ce qui est vraiment réalisé en nous et pour nous par l'Esprit, et nous avons bien raison de ne pas être divisés là-dessus : car c'est Christ qui est auteur, acteur, origine et fin de ce baptême, c'est lui qui nous met, tous, au bénéfice de ce qu'il a accompli, lui, une fois pour toutes, pour chacun, chacune d'entre nous. Voilà où nous sommes chrétiens. Non pas dans nos théologies. Non pas dans nos confessions de foi. Non pas même dans nos pratiques, religieuses ou morales. Mais en Christ, en Christ seulement, en ce Christ crucifié pour nous.

En un seul verset, en ce seul verset 13, Paul nous a tout dit, tout ce qui rend parfaitement futiles et hérétiques toutes nos divisions, même fondées sur de bonnes raisons. Je vous le relis : "Christ est-il divisé ? Est-ce que c'est Paul qui a été crucifié pour vous, ou bien est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ?". Puissions-nous toujours nous écrier, comme Paul, devant le spectacle lamentable de nos divisions et devant nos tentatives de les justifier : "Moi, je suis à Christ !". Mais, chers amis, n'est-ce pas là, simplement, la mission qui est la nôtre ? Oh, non pas faire cette proclamation devant notre glace, ni les uns devant les autres, mais bien la faire ensemble devant le monde.

"Christ m'a envoyé pour annoncer l'Evangile", concluait Saint Paul. Avec lui, je voudrais que nous terminions là-dessus, c'est-à-dire que nous commencions là-dessus ! Si nous avons tout reçu de Christ, de lui seul, alors il nous faut en parler, il faut parler de lui, pas de nous, bien sûr ! Il nous faut, nous aussi, annoncer l'Evangile au monde. Il ne s'agit pas d'annoncer le catholicisme, ni le protestantisme, ni Paul, ni Apollos, ni Céphas !… Il s'agit de témoigner du Christ, du salut qui est offert à tout homme, toute femme, de toute langue et de toute race, quels que soient son statut social ou la lourdeur de sa faute, un salut offert par Christ, en Christ.

La mission est lourde, elle n'est pas près d'être finie. Mais l'Esprit nous est donné précisément pour ce faire, car c'est lui qui témoignera à travers nous. La mission sera donc bien plus légère que nous ne l'imaginons, mais il faut nous laisser soulever par cet Esprit. Lorsque la mission est trop lourde, c'est que nous, nous l'avons alourdie. Et nos divisions ne sont pas un mince handicap, c'est certain. "Qu'ils soient un […] afin que le monde croie", priait notre Seigneur (Jean 17/21). Ce n'est, bien sûr, pas notre unité qui évangélisera, mais elle est un moyen nécessaire pour que notre témoignage soit crédible.

Ne témoignons donc pas de la confession en laquelle nous nous reconnaissons le mieux. Témoignons plutôt de l'unique source de notre salut, qui sans doute inspire toutes nos confessions. Témoignons de Christ afin que d'autres hommes, d'autres femmes, puissent trouver en lui leur salut, leur liberté, leur dignité. Témoignons les uns et les autres, sans attendre. Christ, lui, n'a pas attendu, ne nous a pas attendus : il a donné sa vie pour nous.

Amen.




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