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1 Chroniques 29 v 10-18 David Mitrani



texte : Premier livre des Chroniques 29 / 10-18 (trad.: Nouvelle Bible Segond)
première lecture : Proverbes 3 / 7-20
chants : 49 et 243 (recueil: À toi la gloire) (= 539 et 420 dans Arc-en-ciel)


Premier tableau. Nous sommes dans la forêt, la jungle – si vous voulez… La nuit, bien sûr: rappe-lez-vous le psaume 104. Sous la lumière invisible des caméras infrarouges des cinéastes animaliers, les fauves trouvent nourriture. Les herbivores boivent ou ruminent tranquillement, les carnassiers surgissent, sèment la panique, attrapent leurs proies, à moins que celles-ci ne s'échappent… Chacun, chaque bête, chaque troupe, suit son instinct et n'a pas les moyens d'imaginer que ce puisse être autrement. D'ailleurs, c'est comme ça depuis que le monde est monde. "Tous [ces animaux] mettent leur espoir en toi, pour que tu leur donnes leur nourriture en son temps. Tu la leur donnes, et ils la recueillent; tu ouvres ta main, et ils sont rassasiés de biens; tu te détournes: ils sont saisis d’épouvante; tu leur retires le souffle: ils périssent et retournent à leur poussière. Tu envoies ton souffle: ils sont créés, et tu renouvelles la terre." (Ps. 104 / 27-30)
Premier tableau, loin des forêts. Car c'est ainsi que vivent un certain nombre de gens… oh! pas forcément plus mécréants que d'autres, et pas forcément plus chrétiens non plus. Ils vivent comme des bêtes. Il y a des herbivores et des carnassiers, sans compter les charognards qui arrivent après la bataille. Chacun reçoit ce dont il a besoin d'après ce qui est écrit dans la destinée de ses gènes et dans l'inéluctabi-lité des rapports de force. La nourriture, la vie, la mort, où il faut, quand il faut. Est-ce comme il faut? Qui en jugera?… Il n'y a là ni bien ni mal, mais seulement la nature, et un destin intemporel. Certains le nom-ment Dieu. D'autres sont plus matérialistes. La plupart ne se pose pas la question…
Ce premier tableau, mes frères et soeurs, pourrait être notre tentation. Évidemment, le rôle des herbivores est ingrat, celui des charognards est peu reluisant, et celui des carnassiers n'est pas très évan-gélique…! N'essayez pas de fuir chez les rongeurs et les insectivores, les reptiles et les petites bêtes, car ce serait la même chose, mais simplement à une autre échelle! Mais la nature nous fait rêver. Nous croyons pouvoir revenir au paradis perdu, et tout recevoir ainsi de la main de Dieu, vivre totalement de ses dons. Nous oublions que le jardin est gardé à jamais, fermé, interdit à l'humanité. Et surtout, nous oublions la réalité de la nature: non pas Dieu, mais l'instinct et la force, l'équilibre de la terreur et de la ruse, la néga-tion de l'individu et de la pensée, l'absence de toute parole et de tout sens.
Fin du premier tableau: ce rêve ne peut pas être le nôtre, et ce cauchemar n'est pas ce qui nous at-tend, si nous nous tournons vers le Dieu qui nous parle. Nous ne serons pas de ceux qui veulent vivre comme des bêtes. Nous ne voulons pas être – nous ne croyons pas que Dieu nous appelle à être – des victimes, des bourreaux ou des profiteurs. Nous ne voulons pas suivre l'instinct immémorial dont il subsiste quelque trace en nous, et qui nous enferme dans le dilemme de manger ou d'être mangés, de dominer ou d'être esclaves, de frapper ou d'être frappés… Le Dieu à la toute-puissance nourricière, mais muette, n'est pas notre Dieu. Notre ventre n'est pas notre Dieu… me semble-t-il…
Alors, second tableau?…! Il nous est présenté par David, avec un humour certain, même s'il n'est pas très visible à première lecture. À deux reprises dans notre extrait des Chroniques, David appelle le Dieu qu'il loue "Dieu d'Israël notre père". Rappelez-vous encore, non plus le psautier mais la Genèse. Rappelez-vous notre père Israël: c'était avant qu'il reçoive ce nom, mais déjà il construisait, avec son oreil-ler, une "maison de Dieu"… à Béthel, quand il rêvait, quand Dieu lui promettait tant et tant de bonnes et belles choses. "Jacob fit ce voeu: Si Dieu est avec moi et me garde sur la route où je vais, s’il me donne du pain à manger et des habits pour me vêtir, et si je reviens sain et sauf chez mon père, alors le SEIGNEUR sera mon Dieu. Cette pierre dont j’ai fait une pierre levée sera une maison de Dieu. Sur tout ce que tu me donneras, je te paierai la dîme." (Gen. 28 / 20-22)
Second tableau. Dieu et l'être humain se parlent. Donc l'être humain existe, ce n'est plus une bête, même s'il en a parfois encore les comportements et les déguisements, comme Jacob à l'égard de son frère… ou vous ou moi parfois aussi… Ils se parlent, mais se comprennent-ils? Dieu parle, mais en rêve. Et la réponse de Jacob, "notre père Israël", c'est une réponse en "si"…! Donnant, donnant. Dieu promet, Dieu annonce. Mais l'être humain croit que c'est une proposition moyennant un salaire. L'être humain qui croit que tout s'achète – sauf ce qui se vole – l'être humain n'entend que cela dans la parole que Dieu lui adressait.
Alors oui, ce serait une bonne religion, peut-être même pieuse si on a le temps. Nous allons bien nous entendre. Dieu donne. Et nous le payons, nous le remboursons, nous le défrayons… Je ne sais pas bien quel verbe employer, ici! Car nous avons quand même un peu le sentiment que l'échange est inégal. Dieu fait la plus grosse part: il donne tout. Nous, nous lui rendons 10 %. C'est vrai que nous n'y perdons
pas…! La pire des théologies a permis que le mot de "Providence" soit offert à l'État lorsqu'il ressemble au Dieu de nos marchandages. Dieu serait donc l'État-Providence de ses fidèles… Nous attendons tout de lui, il nous le doit, d'ailleurs, et nous lui restituons la part qui lui est nécessaire pour fonctionner.
"Notre père Israël" serait-il l'inventeur de l'impôt sur le revenu? Mais Dieu n'est ni ministre des Fi-nances, ni ministre des Affaires sociales! Jacob en fera l'expérience au gué du Yabboq, (Gen. 32 / 29) en rentrant de ses pérégrinations araméennes, là où justement il recevra son nom d'Israël. Dieu ne s'achète pas. La vraie religion biblique n'est pas un marchandage plus ou moins mafieux, mais un corps à corps où se joue l'identité de Dieu et de son fidèle. Dieu n'attend pas qu'on le dédommage de ses dons. Dieu attend que ses dons servent à son projet. Dieu a un projet qui nous dépasse. Il ne fait pas pleuvoir ou briller le soleil selon nos travaux ou nos vacances. Dieu ne manipule pas la nature à notre service égoïste, et il ne le ferait pas même si nous le payions très cher…
Troisième tableau: Dieu donne. Même lorsque nous regardons le troisième tableau, notre tête est encore devant le précédent. Nous pensons "culte d'offrande", "Dieu aime le don joyeux" (2 Cor. 9 / 7), "il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir" (Actes 20 / 35), et autres arguments sans réplique pour Corinthiens riches, pleins de bonnes idées et d'un certain sens de leurs intérêts bien compris… Nous pensons à don-ner, et se posent alors toutes les questions qui vont avec ce verbe: donner quoi? combien? quand? à qui? pour quoi faire? oui, mais, et si ça me manque? et ce don sera-t-il bien utilisé? etc., etc.
Mais non. Troisième tableau, Dieu donne. Dieu donne parce qu'il est Dieu. C'est son bon plaisir. L'exercice souverain de sa majesté. La manifestation gracieuse de sa puissance. Il n'en a pas besoin, et rien ne peut ni l'y obliger ni l'en dissuader. Dieu est libre. De sa liberté, et même de sa divinité, nous ne pouvons rien voir ni comprendre, sinon que Dieu donne gratuitement. Nous pouvons nous méprendre sur ce geste. Nous pouvons en rester au premier tableau, ou au deuxième. Bref, nous pouvons n'être rien d'autre que des bêtes ou des païens. Mais pensez-vous donc que cela puisse faire de l'ombre à Dieu?!
Dieu donne, et c'est bien pour nous. Parce que Dieu ne jette pas ses dons par la fenêtre. Dieu nous fait des cadeaux, à nous. Le troisième tableau n'est pas celui de la nature. Ce n'est pas celui de la religion. C'est celui de la louange. Dieu donne, et nous sommes heureux. Dieu donne, et nous disons merci. Dieu donne comme un père, et nous lui sautons au cou. Don gratuit. Louange gratuite. Dieu et l'être humain se rencontrent et se reconnaissent. Dieu et l'être humain se découvrent comme père et fils ou fille. Qui, du père ou de l'enfant, décomptera à l'autre ce qu'il donne ou ce qu'il doit? L'idée même en est stupide! Le don gratuit et premier du père fait du fils ou de la fille son enfant. Point.
Troisième tableau, non pas culte d'offrande, mais culte de reconnaissance. Père, je te reconnais comme mon père, je me reconnais comme ton fils, je nous reconnais comme des frères et des soeurs de-vant toi… Car ce que Dieu donne dans cette relation-là, c'est lui-même en tant que Père. L'expression même de ce don, c'est le Fils unique, le Fils par définition, celui en qui s'incarne l'amour du Père comme Père: Jésus-Christ. Le premier tableau était celui de ma survie. Le deuxième était celui de mon projet. Le troisième est celui de "mon Seigneur et mon Dieu" (Jean 20 / 28). Car ce n'est pas Dieu qui change de rôle, c'est moi qui change de place par rapport à lui. Après l'enfance et l'adolescence, peut-être que je deviens adulte?…
Dieu donne, Dieu se donne lui-même, et c'est cela qui nous fait vivre. Combien as-tu par mois pour vivre? demande-t-on, quoique en France on se taise plutôt sur ce genre de sujet! Moi, chaque mois, j'ai Dieu pour vivre. Le reste, c'est pour mourir: "nos jours sur la terre sont comme l'ombre", comme David le dit au milieu de sa louange… C'est vrai, Dieu ne donne pas toujours à manger, Dieu ne guérit pas toujours, parfois même il laisse mourir… Dieu ne sort pas de la misère, mais il s'y tient avec le miséreux. Dieu n'est pas un supermarché, un médecin ou une assistante sociale. Dieu est Dieu. Donne me donne sa vie, et moi je lui reprocherais de ne pas me donner, en plus, le reste?…
Adulte, ai-je dit… Difficile d'être adulte… Difficile de faire passer l'être qui se donne à moi avant moi, difficile de ne pas être tenté de l'utiliser à mon service. Il se donne à moi, me prenant ainsi avec lui dans un projet qui me dépasse: la construction de sa maison. L'auriez-vous oublié? La louange de David concerne la construction future du Temple de Jérusalem! Alors "vous–mêmes, comme des pierres vivan-tes, construisez-vous pour former une maison spirituelle, un saint sacerdoce, afin d’offrir des sacrifices spirituels, agréés de Dieu, par Jésus–Christ" (1 Pierre 2 / 5), c'est le second volet du troisième tableau, ce n'en est pas un quatrième.
Là, chers amis, dans cette partie du tableau, vous ne prenez pas la nourriture, comme au premier tableau; vous ne rendez pas une partie des biens reçus, comme au second. Vous "êtes capables de faire des offrandes volontaires", comme le dit notre traduction. Je n'ai rien trouvé de mieux ailleurs, parce que c'est intraduisible. Nous ne "réfrénons [pas] la force d’être volontaires", traduit plus littéralement Chouraqui.
Si le verbe existait en français, on dirait peut-être "bénévoler"!!! Il n'est donc pas question d'offrandes au pluriel, sous forme de dons. Il est question de "bénévoler", il est question de s'offrir soi-même, offrande singulière, au service de la construction de cette maison.
S'offrir. Comme fait Dieu. À son image. S'offrir sans contrepartie. Sans rien attendre, parce qu'on n'a besoin de rien. Et en attendant tout, parce qu'on a besoin de lui… Oui, en quelque sorte nous offrons bien à Dieu ce qui nous vient de lui, mais ce n'est pas de l'argent, du temps, des biens… Nous, nous ve-nons de lui. Et c'est ce que nous sommes grâce à lui, que nous lui offrons, et non pas en retour, mais en conséquence directe, dans le même mouvement qu'il a lui-même initié et qui s'appelle la foi, ou la grâce, ou Jésus-Christ, c'est pareil…
Chers amis, lorsque vous avez besoin de quelque chose, ne le recherchez pas selon la nature, comme des bêtes. Dieu vous le donnerait, vous n'en sauriez même rien! Ne le recherchez pas en échange d'autre chose, Dieu n'agrée pas nos holocaustes (Hébr. 10 / 8)! Satisfaites-vous de Dieu, et vous le satisfe-rez ainsi! Satisfaites-vous de ce qu'il a fait de vous en Jésus-Christ: "vous êtes une lignée choisie, un sa-cerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s’est acquis, pour que vous annonciez les hauts faits de celui qui vous a appelés des ténèbres à son étonnante lumière" (1 Pierre 2 / 9). C'est ce qu'il vous a donné, c'est ce que vous lui donnez.
Au service de son projet à lui: "bâtir une maison pour son nom sacré". Amen.
Culte des récoltes - Matha (Église libre) - 3 octobre 2004

Pasteur David Mitrani



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